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Ne me fuis pas

CHAPITRE 2 — Cours

5 min read

A

Je ne réfléchis pas.

Je cours.

Mes talons claquent violemment contre le sol, désordonnés, instables. Mon souffle se brise dès les premiers mètres, mais je m’en fiche. Je serre mon sac contre moi comme si ça pouvait me protéger de quelque chose.

Ou de quelqu’un.

Lui.

Je ne regarde pas derrière moi.

Je refuse.

Parce que je sais déjà.

Il me suit.

Je le sens.

C’est irrationnel, peut-être. Mais cette sensation… elle est trop précise pour être inventée. Comme une présence collée à ma peau.

Comme une ombre qui aurait décidé de ne plus me quitter.

Ma respiration devient chaotique.

L’air froid brûle mes poumons.

Tourne.

Mon instinct hurle.

Je bifurque brusquement dans une rue plus étroite, presque aveugle. Mauvaise idée. Je le comprends immédiatement.

Trop sombre.

Trop silencieuse.

Mais je continue.

Parce que s’arrêter serait pire.

Toujours pire.

Mes pas ralentissent malgré moi.

Mon corps me lâche.

Je pose une main contre le mur, cherchant un appui, essayant de reprendre mon souffle.

— Putain…

Ma voix tremble.

Je ferme les yeux une seconde.

Une seule.

Erreur.

— T’as jamais été très endurante.

Je sursaute violemment.

Mon cœur explose dans ma poitrine.

Non.

Non, non, non.

Je me retourne.

Il est là.

À l’entrée de la ruelle.

Comme s’il n’avait jamais couru.

Comme s’il s’était simplement déplacé… sans effort.

Sans bruit.

Sans temps.

— Comment… ?

Ma voix est à peine audible.

Il ne répond pas.

Il s’avance.

Lentement.

Trop lentement.

Comme s’il savait que je ne pouvais pas m’échapper.

Comme s’il n’avait jamais eu besoin de me rattraper.

— Reste loin ! je lâche, reculant.

Mon dos heurte le mur.

Bloquée.

Parfaite.

Piégée.

Son regard glisse sur moi, presque analytique.

Comme si j’étais un problème à résoudre.

Ou une chose à récupérer.

— Toujours la même réaction, murmure-t-il.

Je fronce les sourcils, perdue.

— Quoi ?

Il s’arrête à quelques mètres.

Ses yeux ne me lâchent pas.

— La fuite. La panique. Le déni.

Un léger sourire.

— C’est fascinant.

— Mais de quoi vous parlez ?!

Ma voix craque.

Il incline légèrement la tête.

— Tu fais exactement ce que t’as fait la dernière fois.

Le sol semble se dérober sous mes pieds.

— Je vous ai JAMAIS vu !

Silence.

Puis, très calmement :

— Si.

Un pas de plus.

— Tu m’as vu.

Encore.

— Tu m’as parlé.

Encore.

— Et t’as fait un choix.

Mon cœur ralentit brutalement.

Pas de manière naturelle.

Comme s’il hésitait.

— Quel choix… ?

Il ne répond pas tout de suite.

Il m’observe.

Longuement.

Et pour la première fois…

il y a quelque chose d’autre dans son regard.

Pas juste du contrôle.

Pas juste du calme.

Quelque chose de plus sombre.

Plus personnel.

— Le mauvais.

Un frisson violent me traverse.

— Arrêtez avec vos phrases cheloues ! Vous êtes qui ?! Vous me voulez quoi ?!

Ma panique revient en vague.

Plus forte.

Plus brutale.

Je cherche quelque chose autour de moi.

Une sortie.

Une arme.

N’importe quoi.

Rien.

Juste lui.

Toujours lui.

— Je te veux pas, dit-il doucement.

Je me fige.

— Je t’ai déjà.

Silence.

Total.

Mon cerveau refuse de traiter l’information.

— C’est pas possible…

Je secoue la tête.

— Vous êtes malade.

Je glisse une main tremblante dans mon sac.

Téléphone.

Téléphone.

Télé—

Il disparaît.

Mon souffle se coupe.

Mes yeux s’écarquillent.

— Quoi—

Une main attrape mon poignet.

Fort.

Trop fort.

Je sursaute, laissant échapper un cri étouffé.

Il est là.

Juste devant moi.

Beaucoup trop proche.

Je n’ai pas vu le moment où il s’est déplacé.

Pas entendu.

Rien.

— Regarde-moi.

Sa voix est basse.

Ferme.

Presque autoritaire.

Je secoue la tête.

— Non—

Sa prise se resserre légèrement.

Pas au point de faire mal.

Mais assez pour imposer.

— Regarde-moi.

Cette fois, c’est impossible de refuser.

Mes yeux remontent vers les siens.

Et tout s’arrête.

Le bruit.

Le froid.

La peur.

Tout.

Ses yeux sont… différents.

Plus sombres.

Plus profonds.

Comme s’ils cachaient quelque chose.

Ou quelqu’un.

— Tu commences à ressentir, dit-il doucement.

Mon cœur repart violemment.

— Ressentir quoi ?!

Il se penche légèrement.

Son visage à quelques centimètres du mien.

— Ça.

Et là—

Quelque chose explose dans ma tête.

Une image.

Brève.

Violente.

Moi.

Dans cette même ruelle.

Mais—

Il y a du sang.

Sur mes mains.

Sur le sol.

Et lui.

En face de moi.

Exactement comme maintenant.

— Non—

Je recule violemment.

Ou j’essaie.

Mais il me tient toujours.

— C’est faux— c’est faux— c’est faux—

— C’est un souvenir.

Sa voix est calme.

Trop calme.

— Non !

Ma respiration devient incontrôlable.

— J’étais pas là ! Je me souviendrais !

— Pas encore.

Silence.

Puis, presque froidement :

— Mais ça revient toujours.

Je le fixe, complètement perdue.

Complètement paniquée.

— Qu’est-ce que j’ai fait… ?

Pour la première fois…

il hésite.

À peine.

Une fraction de seconde.

Mais je le vois.

Et ça me terrifie encore plus que tout le reste.

— Tu veux vraiment savoir ?

Sa voix a changé.

Plus grave.

Plus lourde.

Je déglutis.

Et contre toute logique…

je hoche la tête.

Lentement.

Il me regarde.

Longtemps.

Puis il lâche mon poignet.

Je reste figée.

Incapable de bouger.

— Alors arrête de fuir.

Un pas en arrière.

Il me laisse de l’espace.

Volontairement.

— Parce que si tu continues…

Un silence.

Ses yeux plongés dans les miens.

— ça va se finir exactement comme la dernière fois.

Mon cœur se serre.

— C’est-à-dire… ?

Il recule encore.

Retourne presque dans l’ombre.

Et avant de disparaître—

— Tu vas mourir.

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