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Kassel avait un accès. Pas au Cœur lui-même — sa fonction de gestionnaire ne montait pas si haut —, mais aux niveaux intermédiaires de l'Office, les couches où circulaient les clés qui, elles, ouvraient le reste. Un échelon. Une marche de plus vers le sommet.
Mais réveiller un dormeur avait un coût que Naé avait sous-estimé.
« L'Arbitre a remarqué », annonça Lise, le visage gris, deux jours plus tard. « Le citoyen Renan Doss ne s'est pas présenté à son poste. Sa Trame a cessé d'émettre. Pour le système, c'est exactement le profil d'un… » elle chercha, « …d'un réveil. Ils savent qu'on sait, pour Concorde-V. Ils savent qu'on réveille les dormeurs. »
« Donc ils vont protéger les autres », dit Tomas. « Les déplacer. Les re-réajuster. On vient de perdre l'effet de surprise sur quarante-deux noms. »
« Peut-être pas », dit Naé, lentement, et une inquiétude diffuse montait en elle. « Quelque chose me gêne. C'était trop facile. »
« Facile ? » Tomas rit sans joie. « Kassel a failli y rester. »
« L'extraction, oui. Mais l'accès. Mon ancien patch qui passe encore à 3 h du matin. Les sauvegardes de Concorde-V, archivées juste là où il fallait, juste assez accessibles. » Elle secoua la tête. « Quand j'étais Ajusteuse, rien n'était jamais accessible par hasard. »
Elle décida d'en avoir le cœur net, et pour cela il fallait remonter — utiliser l'accès de Kassel pour pénétrer dans les couches intermédiaires de l'Office, récupérer une vraie clé, et voir, de ses yeux, jusqu'où on les laissait monter.
Elle y alla seule. C'était plus sûr — une silhouette dans l'angle mort, là où elle savait se faufiler. Elle progressa de niveau en niveau, le badge de Kassel en poche, ses mains de fantôme la guidant, et atteignit une salle de relais qu'aucun Décrocheur n'avait jamais approchée.
Le Directeur Sered l'y attendait.
Il était seul, assis, calme, sans gardes — ce qui était plus terrifiant que n'importe quelle escouade. Un homme mince, au visage doux, le genre de visage qu'on oublie. Il ne se leva pas.
« Citoyenne Vask », dit-il, et il y avait presque de la chaleur dans sa voix. « Ou devrais-je dire Sève. Non — vous avez choisi Naé, je crois. Le dossier l'a noté. » Il sourit. « Asseyez-vous. Vous avez beaucoup marché. »
Naé resta debout, le corps en alerte, cherchant le piège, les issues.
« Il n'y a pas d'embuscade », dit Sered, lisant en elle. « Si je voulais vous reprendre, vous seriez déjà sur une table. » Il joignit les mains. « Vous vous demandez pourquoi c'était si facile. Pourquoi votre accès fonctionnait encore. Pourquoi les sauvegardes étaient à portée. » Son sourire s'élargit, doux, terrible. « Parce que je vous laisse faire, Naé. Depuis le début. »
Le sang de Naé se glaça.
« Vous croyez vous être réveillée seule ? » continua Sered. « Vous croyez avoir déjoué le système ? Le système ne se déjoue pas. Il prévoit. Concorde-V n'a jamais eu pour but de faire de vous une simple Ajusteuse, Naé. Un prototype qui reste sagement à son box n'apprend rien. » Il se leva enfin, et s'approcha sans la moindre crainte. « Le vrai test, c'était celui-ci. Vous réveiller. Vous laisser fuir. Vous laisser retrouver les vôtres. Et voir où une Décrocheuse réveillée mène, quand elle se croit libre. » Il pencha la tête. « Vous nous avez déjà conduits à une cellule. Combien d'autres, à votre avis, avant que vous ne le compreniez ? »
« Vous mentez », souffla Naé. « Ma Trame est éteinte. Je ne transmets rien. »
Sered eut un regard presque tendre. « Qui vous a dit », demanda-t-il doucement, « que c'était votre Trame qui transmettait ? »
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