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Le Serment des Cendres

La Grande Cendre

2 min de lecture

A

La rupture finale ne ressemblait à rien que les vivants eussent jamais vu.

La Faille ne crachait plus des Affamés un à un. Elle se déversait — un fleuve de froid et de néant qui roulait sur la plaine, et dans ce fleuve, des créatures par centaines, par milliers, une marée de faim qui avançait pour éteindre le monde. La plaine devant la déchirure devint un champ de bataille où l'humanité tout entière, en une mince ligne grise, faisait barrage.

« Tenez la ligne ! » rugit Ferenz. « Donnez-leur le temps ! Tout ce qu'on a, c'est le temps qu'on leur achète ! »

Les Brasiers déployèrent leurs feux. Les flammes ordinaires mouraient dans le froid — mais nombreuses, coordonnées, elles freinaient, repoussaient, gagnaient des secondes. Et chaque seconde était une vie de plus pour Naïa et Kael, qui devaient traverser ce chaos jusqu'au cœur même de la Faille.

Ils avancèrent, liés, terribles.

Naïa ouvrait le chemin de cendrefeu, un sillon de feu noir qui dévorait les Affamés là où nul autre feu ne mordait ; Kael couvrait ses flancs, son épée et sa flamme orange tissant un mur mouvant autour d'eux. Le Serment les faisait danser au bord de la mort avec une grâce atroce — elle savait où il frapperait, il savait quand elle faiblirait, et ils avançaient, pas à pas, dans la gueule du monde.

Ils ne le firent pas sans prix.

Naïa vit tomber des visages qu'elle connaissait. Un Brasier du mur est, englouti. Un instructeur, vidé. Un homme de la basse-ville, un père, qui s'interposa entre un Affamé et la trouée par où ils passaient, et qui paya de sa vie les trois pas qu'il leur offrit. Chaque mort était une braise qu'on lui confiait. Avance, lui avait appris Kael, le premier jour. C'est la seule façon de leur rendre hommage. Avancer.

Elle avança.

Tissa et Ferenz tinrent le dernier carré aux abords de la déchirure, pour leur ouvrir le passage ultime.

« Va ! » hurla Tissa par-dessus le fracas, le visage en sang, vivante, magnifique. « Ferme ce maudit trou, Naïa ! Et reviens ! Tu m'entends ? Reviens ! »

Naïa et Kael franchirent le seuil de la Faille.

Et le monde, derrière eux, disparut dans le froid et le silence.

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