Novirae
ConnexionCréer un compte
Novirae
GuidesBlogÀ proposAideContactConfidentialitéConditions
Le Serment des Cendres

Marche vers la Faille

2 min de lecture

A

Ils partirent à l'aube, et ce ne fut pas une fuite, cette fois. Ce fut une armée.

Ce que Vael avait voulu briser, son propre piège l'avait soudé : les Brasiers du mur est, la dame Ferenz et les instructeurs restés fidèles à l'Ordre véritable, et derrière, en colonne, des centaines d'habitants de la basse-ville qui refusaient de laisser leur héroïne marcher seule vers le gouffre. On ne les avait pas appelés. Ils étaient venus.

Tissa chevauchait près de Naïa, le bras en écharpe, têtue.

« Tu devrais être au lit », dit Naïa.

« Et rater la fin de l'histoire ? » Tissa eut un sourire pâle. « J'ai pris un carreau pour vous garder liés tous les deux. Je compte bien voir si ça en valait la peine. »

La Faille grandissait à chaque heure de marche. Le ciel se fendait plus large, le froid d'absence léchait déjà les collines, et les premiers Affamés commençaient à filtrer de la déchirure, avant-garde d'une marée que la rupture finale allait déchaîner. La colonne avançait dans une lumière de fin du monde.

« Tu as peur ? » demanda Kael, chevauchant à sa hauteur.

« Terrifiée », dit Naïa. « Pas de mourir. De rater. De verser mon feu et que ce ne soit pas assez. De t'entraîner avec moi pour rien. »

« Le partage marchera », dit-il. « Le Premier Âtre nous l'a montré. »

« Et si Vael avait raison ? S'il faut être seule ? Si le lien ne suffit pas ? »

Kael arrêta son cheval, l'obligea à s'arrêter aussi.

« Alors écoute-moi bien, parce que je ne le dirai qu'une fois. » Le lien était grand ouvert, et ce qu'il y déversa n'avait rien d'un commandant. « Si au cœur de cette Faille, il faut que l'un de nous reste, ce sera moi. Tu vivras. Tu inventeras cet "après" dont tu parlais, et tu le vivras pour deux. » Il leva la main avant qu'elle proteste. « J'ai laissé tomber un frère d'un pont pour obéir. Je ne tomberai pas une seconde fois pour rien. Si je dois lâcher quelque chose dans ce gouffre, ce ne sera pas ta main. »

« Je refuse », dit Naïa, la gorge serrée. « Tu m'entends ? Je refuse de te perdre pour me garder. »

« Heureusement », dit Kael avec un demi-sourire, « que ce n'est ni toi ni moi qui décidons. C'est le feu. » Il reprit la marche. « Alors brûlons assez fort tous les deux pour qu'il n'ait pas à choisir. »

Devant eux, la Faille déchira le ciel d'un bord à l'autre de l'horizon, et la terre elle-même se mit à trembler.

vote

Commentaires

Connecte-toi pour commenter.

Précédent
Chapitre suivant