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À l'intérieur de la Faille, il n'y avait ni haut ni bas, ni temps ni lumière. Seulement le néant, et la faim, et au centre, un cœur de ténèbres d'où s'écoulait la fin de toute chose.
« C'est ici », dit Naïa — ou le pensa, car les mots n'avaient plus de son. Le lien était tout ce qui restait pour se parler. « Le cœur. C'est ici qu'on verse le feu. »
« Alors finissons-en », répondit Kael à travers le lien, sa main dans la sienne, ancre unique dans le vide.
Ils joignirent leurs flammes au-dessus du cœur de la Faille. Le cendrefeu de Naïa, noir et dévorant ; le brasier de Kael, orange et tenace ; et entre eux, le Serment, ce lien forgé par hasard et choisi par amour, qui se mit à répartir le fardeau comme les fondateurs l'avaient su mille ans plus tôt. Naïa versa son feu dans la déchirure. La douleur fut indicible — c'était verser sa propre vie, sa propre lumière, braise après braise. Mais elle n'était pas seule à la porter. À chaque vague, Kael en reprenait sa moitié à travers le lien, et le poids qui aurait éteint un porteur solitaire se trouvait partagé, supportable, survivable.
La Faille commença à se refermer.
C'est alors que Vael surgit du néant.
Il les avait suivis — fou, perdu, dépouillé de sa forteresse et de son pouvoir, il n'avait plus qu'une obsession : sa martyre. Il comprit en un éclard ce qu'ils faisaient. Il vit le partage. Il vit qu'elle allait survivre.
« Non ! » hurla-t-il, et il se jeta sur leur étreinte de mains jointes — pour briser le lien, pour séparer leurs flammes, pour forcer Naïa à porter seule un fardeau qui la tuerait. « Tu seras une martyre ! Tu n'as pas le droit de— »
Il atteignit leurs mains. Le Serment vacilla. Naïa sentit le fardeau bondir vers elle tout entier, mortel —
Et Kael fit son choix.
Pas celui du pont. Pas celui qu'il avait fait à seize ans. Il lâcha l'épée, saisit Vael à pleins bras, et de toute sa flamme, de tout son poids, l'arracha de leur étreinte pour le précipiter avec lui vers le cœur de la déchirure — libérant la main de Naïa, mais gardant, jusqu'au bout, par le lien, sa moitié du fardeau.
« Kael ! »
« Verse ! » Sa pensée la traversa, féroce, aimante. « Je tiens ma moitié ! Je ne lâche pas ! Ferme-la, Naïa — FERME-LA ! »
Vael disparut dans le néant en hurlant, dévoré par la faim même qu'il avait voulu exploiter. Et Naïa, le cœur en lambeaux, hurlant le nom de Kael, fit la seule chose qui pouvait honorer son sacrifice : elle versa tout. Jusqu'à la dernière braise. Le cendrefeu s'engouffra dans la déchirure, partagé jusqu'au bout par un lien qui refusait de céder, et la Faille — la Grande Cendre, la plaie du monde — se referma dans un silence assourdissant, sur deux flammes mêlées qui s'étaient juré de ne pas lâcher.
Puis il n'y eut plus rien. Ni Faille, ni feu, ni douleur.
Que le noir. Et, très loin, faible, obstiné, à l'autre bout d'un lien qui n'avait pas rompu — un cœur qui battait encore.
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