Novirae
ConnexionCréer un compte
Novirae
GuidesBlogÀ proposAideContactConfidentialitéConditions
Le Serment des Cendres

Ce qui renaît des cendres

2 min de lecture

A

Naïa se réveilla trois jours plus tard, et la première chose qu'elle sentit fut le lien.

Faible. Ténu. Mais là.

« Doucement », dit la voix de Tissa, le bras toujours en écharpe, le visage creusé de fatigue mais entier. « Tu as dormi trois jours. On a cru… » Elle ne finit pas. « On vous a tirés de là tous les deux. Ferenz a fait creuser jusqu'à vous quand le sol s'est refermé. Vous étiez enlacés. Vivants. Personne ne comprend comment. »

« Kael », souffla Naïa.

« À côté. Il s'est réveillé hier. Il n'a pas voulu qu'on te dise — il voulait être là quand tu ouvrirais les yeux. » Tissa sourit, malgré les larmes. « L'idiot s'est rendormi à force d'attendre. »

Il était là, en effet, dans le lit voisin, pâle, amaigri, vivant. Et quand Naïa tendit la main, le lien entre eux, même épuisé, même réduit à un fil, transmit ce qu'aucun mot n'aurait su dire : on a tenu. On a tous les deux tenu.


La Faille était fermée. Pour la première fois en mille ans, le ciel au-dessus de la plaine était entier, et au matin, on y avait vu se lever un soleil que rien ne déchirait.

Le prix avait été lourd. Des dizaines de morts sur la plaine, dont on grava les noms — les vrais, cette fois, tous, du Brasier au père de famille de la basse-ville. Et un prix plus intime, que Naïa découvrit en tendant la paume vers une bougie, des jours plus tard : son cendrefeu ne vint pas. Ni noir, ni orange, ni rien. Elle avait tout versé dans la Faille. La flamme qui avait fait d'elle une condamnée, une arme, une héroïne, s'était éteinte avec la déchirure.

Elle attendit de pleurer cette perte. Le chagrin ne vint pas comme elle l'avait cru.

« Toute ma vie, ce feu m'a définie », dit-elle à Kael, un soir, sur le rempart. « D'abord comme une malédiction. Puis comme une arme. Je croyais que sans lui, je ne serais rien. »

« Et ? »

Elle regarda ses mains, ordinaires, vides, libres.

« Et c'est la première fois de ma vie que personne ne veut me brûler pour ce que je porte. » Sa voix trembla. « Je ne suis plus la fille au feu noir, Kael. Je suis juste… moi. Et je crois que je peux vivre avec ça. » Un rire mouillé. « Je peux vivre, tout court. C'est nouveau. »

Kael l'attira contre lui, et le lien — car le lien, lui, n'était pas mort, juste assoupi — frémit doucement entre eux.

« Alors c'est le moment », dit-il.

« Le moment de quoi ? »

« D'inventer cet après. » Il déposa un baiser sur ses cheveux. « Tu m'avais dit qu'on survivrait rien que pour m'obliger à en imaginer un. » Un silence heureux. « Je n'ai jamais autant tenu une promesse. »

vote

Commentaires

Connecte-toi pour commenter.

Précédent
Chapitre suivant