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Le Serment des Cendres

Braises pour demain

3 min de lecture

A

Le printemps revint sur Fort-Cendre, et avec lui, un Ordre qui n'était plus tout à fait le même.

La dame Ferenz le réforma de fond en comble. On cessa de brûler les porteurs de flammes rares ; on cessa de fabriquer des héros pour mieux les sacrifier. Le mur des noms reçut une nouvelle inscription, en tête de toutes les autres, et pour une fois ce n'était pas celle d'un mort : Naïa de Bas-Sorne, qui ferma le ciel et revint. Les habitants de la basse-ville venaient parfois la toucher du doigt, comme un porte-bonheur.

Naïa et Kael restèrent. Non plus commandant et recrue — ces titres étaient morts dans la Faille — mais quelque chose de plus simple et de plus difficile : deux personnes qui apprenaient, jour après jour, ce qu'était un après.

Tissa guérit, et ne perdit jamais son franc-parler. « Vous êtes insupportables tous les deux », disait-elle en les voyant marcher accordés, devinant les phrases l'un de l'autre. « Le lien, je veux bien. Mais à ce point, c'est de l'exhibition. »


Ce fut Naïa qui trouva le médaillon, en rangeant les affaires qu'on avait sauvées de leur fuite. Le médaillon noir du brocanteur de Valombre-Bas, au double cercle entouré de flammes sombres.

Elle le prit — et son cœur s'arrêta.

Le métal était tiède.

Faiblement, au creux de sa paume, là où plus aucun feu ne montait depuis des semaines, le médaillon palpitait d'une chaleur infime. Comme un appel. Comme une réponse.

« Kael. » Sa voix était étrange. « Viens voir. »

Il vint. Posa la main près de la sienne sur le médaillon. Et tous deux le sentirent : une vibration, ténue, lointaine, mais indéniable — la même qu'elle avait sentie, jadis, devant la Faille. La même que devant un Affamé.

« Ce n'est pas possible », souffla Kael. « On l'a fermée. On l'a vue se fermer. »

« On a fermé celle-là », dit Naïa lentement, et un frisson la parcourut, qui n'était pas tout à fait de la peur — qui ressemblait, à sa propre surprise, à un feu qu'on croyait éteint et qui couve encore. « Le registre des fondateurs disait : au commencement, la Faille fut ouverte par notre orgueil. La Faille. Une. » Elle releva les yeux vers la fenêtre, vers le sud, vers la mer lointaine et tout ce qu'on n'avait jamais cartographié au-delà. « Et s'il y en avait d'autres, Kael ? Plus anciennes. Plus profondes. Et si la nôtre n'était que la première à céder ? »

Le médaillon palpita encore une fois entre leurs mains jointes, puis se tut.

Au creux de la paume de Naïa, là où son cendrefeu s'était éteint pour sauver le monde, une unique étincelle noire s'alluma — minuscule, frêle, vivante — puis disparut, comme une braise qui se rallume sous la cendre.

Elle referma le poing dessus, et sourit, et ce sourire-là n'avait plus rien de la fille terrifiée d'une ruelle de Bas-Sorne.

« Eh bien », dit-elle en glissant sa main libre dans celle de Kael. « On voulait un après. » Le vent du printemps passa sur les remparts, tiède, plein de promesses et de menaces. « On dirait qu'il vient de commencer. »


Fin du premier livre.
Fin pour l'instant
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