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Le Serment des Cendres

Le marché noir des reliques

3 min de lecture

A

La première mission de Naïa hors les murs ne fut pas une bataille. Ce fut un marché.

« Valombre-Bas », expliqua Kael tandis qu'ils descendaient le sentier de montagne, capuches relevées. « La ville au pied de la Faille. L'Ordre y achète ce qu'il ne peut pas fabriquer : reliques, vieux textes, ferraille runique. Officiellement, c'est une corvée d'intendance. » Il lui jeta un regard. « En réalité, je nous y emmène pour une autre raison. »

« Laquelle ? »

« Il y a un homme là-bas. Un brocanteur. Il vend de vieilles choses des temps d'avant la Grande Cendre. Si une légende existe quelque part sur ce que tu portes, c'est dans ses caisses qu'elle dort. »

Valombre-Bas grouillait sous un ciel fendu. C'était une ville qui vivait avec la mort au-dessus de la tête, et cela se voyait à sa façon de rire trop fort, de boire trop vite, de marchander comme si demain n'existait pas. Naïa, fille des bas-quartiers, s'y sentit étrangement chez elle.

Ils se faufilèrent entre les étals, et pour la première fois, loin de Fort-Cendre, sans uniforme, ils n'étaient plus commandant et recrue. Ils étaient deux silhouettes encapuchonnées qui se passaient le pain d'une même miche, qui se chamaillaient sur le prix d'une babiole, qui riaient — Kael riait, découvrit Naïa, d'un rire rare et bas qu'elle se surprit à vouloir provoquer encore.

« Vous souriez », l'accusa-t-elle. « Quelqu'un devrait prévenir l'Ordre. »

« Personne ne te croira. » Mais il souriait toujours.


La boutique du brocanteur était une caverne de poussière au fond d'une ruelle. Le vieil homme les jaugea, jaugea la bourse de Kael, et les laissa fouiller.

C'est Naïa qui le sentit avant de le voir. Au fond d'une caisse, sous des breloques sans valeur, un médaillon de métal noir — et quand sa main approcha, le cendrefeu sous sa peau répondit, comme il répondait à la Faille, comme il avait répondu à l'Affamé. Elle le saisit. Le médaillon portait, gravé, le double cercle entrelacé du Serment — mais entouré de flammes qui, à bien regarder, étaient noires.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle au vieux.

« Vieillerie de fondateurs », haussa-t-il les épaules. « De l'époque où l'on disait qu'il fallait du feu noir pour fermer le ciel. Contes pour faire peur. Trois pièces. »

Naïa sentit Kael se figer à côté d'elle.

Ils achetèrent le médaillon. Ils ressortaient dans la ruelle, têtes penchées l'une vers l'autre, à examiner la gravure, quand le monde se rappela à eux : une bousculade, un cri, et Kael la plaqua d'instinct contre le mur pour la protéger d'une charrette emballée qui dévalait la ruelle.

Et soudain ils furent là, l'un contre l'autre, son dos à elle contre la pierre, son torse à lui tout proche, le médaillon serré entre leurs deux mains jointes. Le lien explosa de quelque chose qui n'était plus de la peur. Le souffle de Kael s'était arrêté. Les yeux gris descendirent sur sa bouche. Naïa sentit son propre cœur — ou le sien à lui, ou les deux — cogner contre leurs côtes collées.

« Naïa », dit-il, et pour une fois ce n'était pas « recrue », et le nom dans sa bouche ressemblait à une question.

Une cloche sonna sur la place — celle du couvre-feu de la ville — et le charme se brisa. Kael recula d'un pas, la mâchoire serrée, et remit le mur en place avec une discipline qui ressemblait à de la souffrance.

« On rentre », dit-il, rauque. « Avant que je fasse une bêtise que l'Ordre ne pardonne pas. »

Naïa glissa le médaillon dans sa poche, contre l'anneau de contention, et le suivit dans la nuit, les lèvres encore brûlantes d'un baiser qui n'avait pas eu lieu.

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