Novirae
ConnexionCréer un compte
Novirae
GuidesBlogÀ proposAideContactConfidentialitéConditions
Le Serment des Cendres

La bibliothèque interdite

3 min de lecture

A

Le médaillon les conduisit aux archives. Et les archives étaient interdites.

« La salle des Fondateurs », dit Kael devant une porte de fer scellée, dans les sous-sols les plus anciens de Fort-Cendre. « Seuls les Archontes y entrent. On y garde l'histoire que l'Ordre préfère oublier. » Il sortit une clé qu'il n'aurait pas dû avoir. « Héritage de la maison Drahn. Mon père l'ignore. »

« Vous volez l'Ordre pour moi », dit Naïa. « C'est presque romantique. »

« C'est de la haute trahison. » Il fit jouer la serrure. « Tâche que ça en vaille la peine. »

À l'intérieur : des étagères jusqu'au plafond, l'odeur du vieux cuir et de la poussière, et un silence qui avait l'âge de l'Empire. Ils cherchèrent des heures à la lueur d'une flamme prudente, le médaillon posé entre eux comme une boussole. Et ce fut Naïa, encore, qui trouva — un registre relié de noir, dont la couverture portait le même double cercle aux flammes sombres.

Elle lut à voix basse, et le froid la prit, qui n'avait rien à voir avec la Faille.

« Au commencement, la Faille fut ouverte par notre orgueil, et rien ne pouvait la refermer, car le feu ordinaire la nourrit. Seul le feu des cendres — le feu qui dévore au lieu de donner — put la sceller. Mais le sceau a un prix. Le porteur du cendrefeu doit lier sa flamme à la Faille par le Serment ancien, et y verser tout son feu, jusqu'à la dernière braise. Ainsi la Faille se referme. Ainsi le porteur s'éteint. »

Le silence retomba, énorme.

« S'éteint », répéta Naïa. Sa voix tremblait. « Ça veut dire mourir. Pour fermer la Faille, il faut que quelqu'un comme moi… meure. »

« Ça veut dire que c'est ce que Vael cherche », dit Kael, blême. « Pas une arme. Un combustible. » Il referma le registre d'un geste sec, comme pour étouffer les mots. « Voilà pourquoi l'Ordre brûle les porteurs de flamme noire par peur, mais conserve l'histoire en secret. Parce qu'un jour, quand le mur cédera vraiment, il voudra pouvoir en sacrifier un. »

Naïa s'assit à même le sol froid, le médaillon dans la main, l'esprit en déroute. Toute sa vie, elle avait cru que son feu faisait d'elle une condamnée. Elle découvrait qu'il faisait d'elle, peut-être, une solution — et que la solution et la condamnation étaient le même mot.

« Il y a forcément autre chose », dit Kael, et il y avait dans sa voix une urgence qu'elle ne lui connaissait pas. « Un registre, c'est un récit, pas une vérité. Les fondateurs ont peut-être ignoré une autre voie. On va chercher. On a le temps. »

« On n'a pas le temps », dit Naïa doucement. « La Faille s'élargit. Vous l'avez dit vous-même. »

Il s'agenouilla devant elle, lui prit le visage entre les mains — geste si soudain, si peu Kael, que le lien en trembla.

« Écoute-moi. » Ses yeux gris brûlaient. « Je t'ai sortie d'une ruelle pour faire de toi une arme. Je le reconnais. Mais quelque part entre cette ruelle et cette cave, ça a cessé d'être vrai. » Sa voix se brisa, à peine. « Je ne te laisserai pas brûler pour cette Faille. Pas toi. Tu m'entends ? Pas toi. »

Et là, dans le silence des Fondateurs, entourés des mensonges de l'Ordre et de la vérité de sa propre mort, Naïa fit ce qu'aucune charrette emballée, aucune cloche, aucun devoir ne pourrait plus empêcher.

Elle l'embrassa.

Le lien s'embrasa des deux côtés à la fois, et pour un long moment, il n'y eut plus ni recrue ni commandant, ni arme ni combustible — seulement deux personnes qui avaient décidé, contre toute prudence, de tenir l'une à l'autre.

Puis Naïa se recula, le souffle court, et posa son front contre le sien.

« Si je dois m'éteindre pour fermer le ciel », murmura-t-elle, « alors d'ici là, je compte bien brûler comme je veux. »

vote

Commentaires

Connecte-toi pour commenter.

Précédent
Chapitre suivant