2 min de lecture
Aimer en secret, à Fort-Cendre, c'était porter une seconde flamme cachée.
Un officier et une recrue : l'Ordre l'interdisait, et le Serment qui les liait rendait la chose plus dangereuse encore, car nul ne devait soupçonner que le commandant Drahn tenait à sa partenaire autrement que par devoir. Alors ils apprirent une nouvelle discipline : les regards qui glissent, les distances respectées en public, et la nuit, dans l'Âtre vide, le lien grand ouvert pour rattraper tout ce que le jour leur volait.
« On joue à un jeu dangereux », dit Naïa un soir, la tête contre son épaule.
« Je sais. » Kael fixait les braises. « Mais je n'ai pas réussi à m'en empêcher, et ça, recrue, c'est entièrement ta faute. »
Le danger, pourtant, ne vint pas de leur secret. Il vint de l'Ordre lui-même.
Un matin, on découvrit les réserves d'huile runique du mur est sabotées — vidées, contaminées, inutilisables. Le mur est était précisément celui qui faisait face à la zone la plus instable de la Faille. Sans huile runique, ses défenses tomberaient au premier assaut sérieux.
« Un accident », trancha l'officier de garde.
« Ce n'est pas un accident », dit Kael à voix basse, en examinant les cuves. « Regarde les scellés. Ouverts, puis refermés. Quelqu'un a fait ça proprement, de l'intérieur. » Il se redressa. « Quelqu'un veut que le mur est tombe. »
On chercha un coupable, et on en trouva un — trop vite, trop commodément. Un jeune Brasier des cuisines, sans appuis, fut accusé sur la foi d'un témoignage anonyme et jeté aux cachots avant la tombée de la nuit. Naïa le connaissait de vue : un garçon timide qui avait peur de son ombre.
« Ce n'est pas lui », dit-elle à Kael. « Il n'a ni la clé ni le cran. »
« Je sais », dit Kael, sombre. « Mais on a un coupable, donc l'affaire est close. C'est ainsi que fonctionne l'Ordre : il préfère une réponse fausse à une question ouverte. » Il regarda en direction de la tour des Archontes. « Quelqu'un de haut placé voulait deux choses. Affaiblir le mur est. Et le faire sans qu'on cherche plus loin. »
« Vael », souffla Naïa.
« Peut-être. » Kael serra la mâchoire. « Mais pourquoi un Archonte voudrait-il que sa propre forteresse soit vulnérable ? » Il ne trouvait pas la réponse, et cela l'inquiétait plus que tout. « Ouvre l'œil, Naïa. Quelque chose se prépare. Et nous sommes au mauvais endroit pour ne rien voir. »
Cette nuit-là, Naïa surprit Tissa qui l'observait au réfectoire, longuement, avec une drôle d'expression.
« Tu changes », dit la rousse quand leurs regards se croisèrent. Ce n'était pas une accusation. C'était presque de l'inquiétude. « Toi et le commandant. Vous bougez pareil. Vous vous taisez pareil. » Elle baissa la voix. « Fais attention, Naïa. Ici, ce qu'on aime, c'est toujours ce qu'on finit par te reprendre. »
Connecte-toi pour commenter.