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Le Serment des Cendres

L'Épreuve des Trois Feux

3 min de lecture

A

« Trois feux », dit la dame Ferenz, à l'aube du neuvième jour. « Le Feu du Corps, qui éprouve ce que vous pouvez endurer. Le Feu de l'Esprit, qui éprouve ce que vous craignez. Et le Feu de l'Âme, qui révèle ce que vous êtes vraiment. » Elle balaya du regard les recrues alignées, plus pâles que jamais. « Vous entrerez par paire. Vous en ressortirez par paire — ou pas du tout. »

Naïa sentit le regard des autres glisser sur elle, puis sur Kael, debout à l'écart. Une recrue liée à un commandant ; nul ne savait ce que cela donnerait dans l'Épreuve, et la rumeur enflait. Orvann ne s'était pas privé de glousser : la petite de Bas-Sorne a trouvé un protecteur. Naïa avait serré les dents. Si seulement il savait.

« Le troisième feu », lui souffla Kael tandis qu'on ouvrait la porte de l'arène, « c'est celui qui te tuera. Le Feu de l'Âme lit ta flamme et la projette pour que tous la voient. Le tien, ils le verront noir. »

« Et alors qu'est-ce qu'on fait ? » murmura-t-elle, la panique montant.

« On survit aux deux premiers », dit-il. « Et on s'occupe du troisième quand on y sera. » Il croisa son regard. « Reste accrochée au lien. Quoi qu'il arrive là-dedans, ne le lâche pas. C'est tout ce que tu as. C'est tout ce que j'ai. »

La porte s'ouvrit sur un mur de chaleur.


Le Feu du Corps était une arène en flammes.

Des colonnes de feu jaillissaient du sol à intervalles imprévisibles ; des ponts de pierre s'effondraient ; et au milieu, des construits de combat, plus rapides et plus nombreux que ceux de l'entraînement, ne laissaient aucun répit. Le but était simple et brutal : atteindre la porte du fond, vivants.

Naïa et Kael avancèrent comme un seul corps.

Tout ce qu'ils avaient appris dans l'Âtre se révéla là, sous le feu réel. Elle savait où il frapperait avant qu'il frappe ; il sentait sa fatigue avant qu'elle ne plie. Quand une colonne de flammes jaillit sous les pieds de Naïa, ce fut la main de Kael qui la tira en arrière sans qu'il ait eu à regarder. Quand un construit le prit de flanc, ce fut la fumée de Naïa qui l'aveugla à l'instant juste. Ils n'étaient plus deux entêtements. Ils étaient une lame à deux tranchants.

Devant eux, une autre paire n'eut pas cette chance.

Naïa les vit du coin de l'œil : deux recrues qu'elle connaissait à peine, désynchronisées, qui se gênaient au lieu de s'épauler. Un pont céda. L'un tomba. L'autre, par réflexe, lâcha tout pour le rattraper — et les flammes les prirent ensemble. Le hurlement traversa l'arène, puis se tut. Le lien transmit à Naïa l'écho de l'horreur de Kael, vite, durement réprimé.

« Ne regarde pas », dit-il, la voix rauque, en l'entraînant vers la porte. « Avance. C'est la seule façon de leur rendre hommage. Avancer. »

Ils franchirent la première porte couverts de suie et de sang, les poumons en feu. Derrière eux, l'arène se referma.

Devant eux s'ouvrait un couloir de ténèbres totales, froid après la fournaise, et au bout, une lueur pâle.

« Le Feu de l'Esprit », dit Kael, et pour la première fois Naïa sentit, à travers le lien, qu'il avait peur. « Quoi que tu voies là-dedans, ce ne sera pas réel. Mais ça fera plus mal que le reste. » Il s'arrêta au seuil. « Et il va voir mes peurs autant que les tiennes. » Un silence. « Ne juge pas ce que tu verras de moi. »

Naïa prit sa main dans le noir — geste qu'elle ne s'expliqua pas, qu'elle ne regretta pas.

« En face, vous vous souvenez ? » dit-elle. « Ce qu'on voit l'un de l'autre, on se le dit en face. Pas de jugement. »

Elle le sentit, dans le lien, se desserrer d'un fil.

Et ensemble, ils entrèrent dans le feu qui ne brûle pas la peau, mais tout le reste.

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