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Le Serment des Cendres

Le Conseil des Braises

3 min de lecture

A

La fuite vint, comme toujours, du plus faible. Un des Brasiers de la coursive, terrifié, parla à un officier, qui parla à un autre, et trois jours plus tard, Naïa fut convoquée devant le Conseil des Braises.

La salle du Conseil était haute et froide, les Archontes assis en demi-cercle sous la flamme cerclée. Vael présidait. Kael se tenait debout, raide, à la place de l'officier responsable de la recrue mise en cause.

« Une rumeur nous parvient », commença Vael, d'un ton de regret parfaitement feint. « On dit qu'une de nos recrues aurait manié, lors de l'incursion du mur est, une flamme… inhabituelle. Une flamme noire. » Il fit mine de consulter une note. « Vous savez ce que la loi prescrit pour le cendrefeu, n'est-ce pas, recrue ? »

« Je connais la loi, Archonte. » La voix de Naïa ne trembla pas. Toute une vie de mensonges lui servait enfin.

« Alors expliquez-nous ce que les témoins ont cru voir. »

Naïa sentit le lien. De l'autre côté, Kael, immobile, lui envoyait une seule chose, claire et nette : laisse-moi parler.

« Si je puis, Archonte », dit Kael en s'avançant. « Les témoins ont vu ma flamme. »

Un murmure parcourut le demi-cercle.

« La vôtre ? » fit Vael, mielleux.

« Le Serment relaie le feu, vous le savez tous », dit Kael avec l'assurance d'un homme qui dit la vérité. « Face à une meute, j'ai poussé tout mon Brasier à travers le lien, et ma partenaire l'a projeté. Ce que les témoins ont pris pour du cendrefeu n'était que ma flamme, déformée par la distance et la panique. Une flamme de braise de haut degré, dans la pénombre, à travers un lien tendu à l'extrême — oui, cela peut paraître sombre. » Il soutint le regard de Vael. « J'ai sauvé cette coursive à travers ma recrue. Je n'ai pas l'habitude qu'on me reproche mes victoires. »

C'était brillant. C'était plausible. Et la moitié du Conseil, qui craignait Kael Drahn et respectait la maison Drahn, n'attendait qu'un prétexte pour clore l'affaire.

« Voilà qui est commode », dit Vael, le sourire intact. « L'officier le plus puissant de sa génération couvre une recrue de Bas-Sorne avec son propre prestige. Une seconde fois, d'ailleurs — déjà à la brèche du mur nord, si je me souviens bien. » Ses yeux passèrent de l'un à l'autre, lents, et Naïa sentit le piège se refermer non pas sur son secret, mais sur autre chose. « Dites-moi, commandant. Tout ce dévouement pour une simple partenaire. Est-ce le Serment qui parle ? Ou… autre chose ? »

Le lien se glaça. Vael ne cherchait plus seulement la flamme noire. Il cherchait la fissure entre eux, le levier, le moyen de les retourner l'un contre l'autre.

« C'est le devoir qui parle, Archonte », dit Kael, de glace. « Rien d'autre. »

Et Naïa, malgré tout, malgré le piège, sentit la phrase la piquer là où elle n'aurait pas dû — parce qu'une part d'elle, stupide, avait espéré, l'espace d'une seconde, qu'il dirait autre chose.

« Le devoir », répéta Vael, savourant. « Évidemment. » Il leva la séance d'un geste. « L'affaire est classée, faute de preuve. Pour cette fois. » Son regard s'attarda sur Naïa, et il y mit une promesse. « Veillez sur votre flamme, recrue. Les belles flammes finissent toujours par servir. D'une façon ou d'une autre. »

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