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Le Serment des Cendres

Ce que le feu révèle

3 min de lecture

A

La Faille n'attendit pas la fin de leur répit.

Trois jours après les Lanternes, elle cracha de nouveau — non plus une créature isolée, mais une meute. Cinq Affamés franchirent le mur est, là précisément où l'huile runique manquait, là précisément où le sabotage avait ouvert une faiblesse. Kael avait eu raison : quelqu'un avait préparé ce moment.

Naïa était sur la coursive avec Tissa et une dizaine de Brasiers quand le froid d'absence déferla. Les flammes ordinaires moururent les unes après les autres dans les paumes des défenseurs. Un Brasier tomba, vidé. Puis un autre. La ligne allait céder.

Et Naïa fit un choix.

Elle aurait pu se taire, se cacher, laisser mourir la coursive pour préserver son secret. Mais Tissa était là, dos au vide, sa bille de feu impuissante contre le froid, et un Affamé fondait sur elle.

Naïa lâcha tout.

Le cendrefeu jaillit, noir et total, et faucha l'Affamé qui menaçait Tissa, puis un deuxième, puis un troisième. Là où la flamme ordinaire mourait, la sienne dévorait. En quelques instants, la coursive fut sauvée — et baignée d'une lumière noire que tous les survivants virent.

Le silence qui suivit fut pire que les cris.

Tissa la regardait, le visage blanc, la bouche entrouverte. Les autres Brasiers reculaient. Et dans leurs yeux, Naïa lut le mot qu'elle avait fui toute sa vie : cendrefeu. Flamme noire. Hérétique.


Kael arriva trop tard pour empêcher, juste à temps pour limiter.

Il évalua la scène d'un regard — les morts, les Affamés effacés, la recrue couronnée de feu noir, les témoins — et prit le commandement de la vérité avant qu'elle n'échappe à tous.

« Personne ne parle », ordonna-t-il, et sa voix de commandant claqua comme un fouet. « Ce que vous avez vu, vous ne le comprenez pas. Moi si. Cette recrue agit sur mes ordres et sous ma responsabilité. Le premier qui colporte une rumeur répondra devant moi de la désobéissance — et de la lâcheté d'avoir survécu grâce à elle avant de la dénoncer. »

Cela tint les langues. Pour un temps. Mais Naïa savait, et Kael savait, que dix témoins, c'était dix fuites possibles, et qu'une seule suffirait pour atteindre Vael.

Plus tard, dans l'Âtre, Tissa vint la trouver. Elle ne dit rien d'abord. Puis :

« Affinité de cendre mineure », murmura-t-elle, et un rire sans joie lui échappa. « Tu parles. » Elle s'assit lourdement. « Depuis le convoi, je le savais à moitié. Le froid autour de toi devant la Faille. » Elle releva les yeux, et ils étaient brillants. « Tu sais ce qu'ils font aux porteurs de flamme noire, Naïa. »

« Je sais. »

« Et tu as quand même grillé trois Affamés pour me sauver. » La voix de Tissa se brisa. « Espèce d'idiote. » Elle l'attira contre elle, brusquement, dans une étreinte féroce. « Ton secret, je le tiens. Jusqu'à la tombe. Tu m'entends ? La mienne ou la tienne, mais pas par ma faute. »

Naïa s'accrocha à elle, et pleura enfin — pas de fumée, cette fois. De vraies larmes, de soulagement et de terreur mêlés. Car elle venait de gagner une alliée de plus. Et de perdre, à jamais, le luxe de croire son secret enterré.

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