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Le Serment des Cendres

Le cœur du feu noir

3 min de lecture

A

Le lieu n'avait pas de nom sur les cartes. Les archives l'appelaient seulement le Premier Âtre.

Trois jours de montagne les y menèrent : une faille mineure, ancienne, scellée, au fond d'une vallée morte où la roche elle-même était noire de cendre vitrifiée. Et au centre, un cercle de pierres dressées, gravées du double anneau entrelacé — le symbole du Serment, mais ici dans sa forme première, entouré de flammes noires.

« C'est ici qu'ils ont fermé la première déchirure », souffla Kael. « Avant l'Ordre. Avant les Archontes. »

Quand Naïa entra dans le cercle, son cendrefeu se réveilla — non plus affamé, non plus menaçant, mais comme un enfant qui rentre à la maison. Pour la première fois de sa vie, le feu noir ne se débattit pas contre elle. Il la reconnut.

Et le cercle s'éveilla avec lui.

Des lignes de feu sombre coururent le long des pierres, et au centre, dans l'air, des mots se formèrent — non écrits, mais ressentis, transmis à travers la flamme comme le Serment transmettait les émotions. La mémoire des fondateurs, gravée non dans la pierre mais dans le feu lui-même.

Naïa comprit alors ce que le registre de Fort-Cendre avait tu — ou ce que l'Ordre, au fil des siècles, avait laissé se corrompre.

« Le registre ment par omission », dit-elle lentement, lisant dans la flamme. « Il dit qu'un porteur de cendrefeu doit verser tout son feu dans la Faille jusqu'à s'éteindre. C'est vrai. Mais il oublie une chose. » Elle se tourna vers Kael, le cœur battant. « Les fondateurs ne l'ont pas fait seuls. Ils l'ont fait liés. Deux flammes unies par le Serment, qui partagent le poids. Le cendrefeu scelle la Faille — mais le lien répartit le prix entre les deux. »

« Alors un porteur seul meurt », dit Kael, comprenant. « Mais un porteur lié— »

« —survit, peut-être. Si l'autre est assez fort pour porter sa moitié du fardeau. » Naïa regarda le double cercle gravé sous ses pieds. « C'est pour ça que ça s'appelle le Serment des Cendres. Ce n'est pas un sacrifice. C'est un partage. Vael veut me consacrer seule parce qu'il veut que ça me tue — un combustible qu'on ne récupère pas pose moins de problèmes qu'une héroïne vivante. »

Le silence de la vallée morte les enveloppa.

« On peut le faire », dit Naïa, et l'espoir lui faisait trembler la voix. « Toi et moi. Le Serment qu'on a déjà. On peut fermer la Faille et— »

« —et risquer que ça nous tue tous les deux », acheva Kael. « Si je ne suis pas assez fort. Si le partage rate. » Il s'approcha, lui prit les mains dans le cercle des fondateurs. « Mais oui. On peut essayer. Ensemble. » Un demi-sourire grave. « Au moins, cette fois, tu seras au courant de ta destination. »

Naïa rit, malgré tout, malgré la peur — et dans le Premier Âtre, sous les flammes noires de la mémoire des fondateurs, elle apprit cette nuit-là à maîtriser son feu non plus comme une honte, mais comme un héritage. La flamme qu'on avait voulu brûler sur une place de Bas-Sorne était, depuis le commencement, la seule chose au monde capable de sauver ce monde.

Restait à survivre à ceux qui préféraient la voir morte.

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