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Le Serment des Cendres

L'alliance clandestine

2 min de lecture

A

Les appartements consacrés étaient une belle prison. Tentures, brasero, repas chauds — et deux gardes à la porte, des barreaux aux fenêtres, et la mort au bout du couloir, maquillée en gloire.

Kael vint la troisième nuit, par les toits, comme un voleur.

« Lève-toi », souffla-t-il en se glissant par la fenêtre dont il avait limé les barreaux. « On part. »

Naïa le regarda. Tout en elle se débattait encore entre la colère et le soulagement de le voir.

« Pourquoi je te suivrais ? » dit-elle. « La dernière fois que tu m'as fait sortir d'une cellule, c'était pour me livrer. »

Il s'immobilisa. Encaissa. Puis il fit une chose qu'elle ne l'avait jamais vu faire : il s'agenouilla.

« Tu as raison de me haïr », dit-il, à voix basse, sans une once de sa froideur habituelle. « Je t'ai cherchée pour ta mort. C'est la vérité, et aucun mot ne l'effacera. Mais écoute-moi, une seule fois, et après tu décides. » Ses yeux gris brûlaient. « Cette nuit, je ne te fais pas évader pour l'Ordre. Je le fais contre lui. Je viens de déserter, Naïa. J'ai trahi mon serment d'officier, le nom de mon père, dix ans de devoir — pour ouvrir cette fenêtre. Si on nous prend, c'est moi qu'on brûle en premier. » Il tendit la main. « Je ne te demande pas de me pardonner. Je te demande de me laisser réparer. »

Le lien était grand ouvert. Elle y lisait tout : la honte, la peur, et sous tout cela, immuable, l'amour qu'il avait crié dans l'Âtre. Aucun mensonge. Jamais le feu ne mentait.

Naïa prit sa main.

« Si tu me trahis encore une fois », dit-elle en enjambant la fenêtre, « je te brûle moi-même. Tu m'entends ? »

Un souffle qui était presque un rire. « Compris, recrue. »


Tissa les attendait dans la cour basse, avec trois chevaux et un sac de vivres.

« Tu croyais partir sans moi ? » dit-elle à Naïa. « J'ai juré ton secret jusqu'à la tombe. Je ne vais pas te regarder y aller seule. » Elle jeta un regard à Kael. « Et toi, commandant déserteur, si tu lui refais du mal, je te plante. C'est pas une menace. C'est un programme. »

« Noté », dit Kael, et pour la première fois, les deux femmes le virent presque sourire.

Ils franchirent la poterne nord à la faveur de l'aube grise, trois fugitifs contre un Empire, et prirent la route des montagnes — non pas pour fuir, comprit Naïa en chevauchant, mais pour chercher. Car Kael, dans les archives volées, avait trouvé une dernière piste : un lieu, antérieur à l'Ordre, où les premiers Braisiers avaient scellé la première Faille. Si une autre voie existait que le sacrifice, elle dormait là-bas.

Derrière eux, Fort-Cendre s'éveillait sur une cellule vide et une chasse qui commençait. Devant eux, les montagnes pâles et, au-delà, la vérité.

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