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Le Serment des Cendres

Plus près du gouffre

2 min de lecture

A

Ils campèrent cette nuit-là au bord du Premier Âtre, et pour quelques heures, le monde leur ficha la paix.

Tissa montait la garde plus loin, discrètement absente. Le feu de camp — un feu ordinaire, orange, presque dérisoire après les flammes des fondateurs — crépitait entre eux. Et la peur du lendemain rendait le présent plus aigu, plus précieux, comme tout ce qui pourrait ne pas durer.

« Demain on rentre vers la Faille », dit Naïa, les yeux sur les braises. « On affronte Vael, l'Ordre, tout. Et peut-être qu'on meurt tous les deux dans un trou noir. »

« Probablement », accorda Kael.

« Tu es d'un réconfort. »

« Je n'ai jamais prétendu être réconfortant. » Mais il se rapprocha, et le lien, entre eux, vibrait d'autre chose que de peur. « J'ai prétendu tenir mes promesses. » Il prit son visage dans ses mains, comme dans la cave des Fondateurs, une vie plus tôt. « En voici une. Quoi qu'il arrive demain, dans cette Faille, je ne te lâcherai pas. Pas comme le pont. Pas comme mon frère. Cette fois, si l'un de nous tombe, on tombe ensemble. »

« C'est la promesse la plus morbide qu'on m'ait jamais faite. »

« C'est la plus sincère, aussi. »

Elle l'embrassa pour faire taire la peur, et lui pour faire taire le devoir, et le baiser n'eut rien de la prudence de la cave : il était fait de toutes les nuits volées, de toute la colère pardonnée, de tout ce qu'ils avaient failli perdre. Le lien s'ouvrit en grand des deux côtés, et il n'y eut plus de frontière du tout — plus de commandant, plus de recrue, plus d'arme ni de combustible, seulement deux personnes qui avaient choisi, contre le monde entier, de s'appartenir.

Le feu de camp se réduisit à des braises. Les étoiles tournèrent au-dessus de la vallée morte.

Et quand, plus tard, Naïa reposa la tête contre la poitrine de Kael, elle écouta battre son cœur — ou le sien, elle ne savait plus, et c'était précisément ça qui était bon.

« Si on survit », murmura-t-elle, « qu'est-ce qu'on fait ? Après. »

Il resta longtemps silencieux, et elle sentit, dans le lien, qu'il n'avait jamais osé imaginer un « après ». Les hommes qui tiennent les ponts ne s'autorisent pas d'après.

« Je ne sais pas », dit-il enfin, et il y avait de l'émerveillement dans sa voix, comme devant une langue qu'on n'a jamais parlée. « Personne ne m'a jamais demandé de prévoir un après. »

« Alors c'est décidé », dit Naïa en fermant les yeux. « On survit. Rien que pour t'obliger à en inventer un. »

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