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Le Serment des Cendres

Le Serment

5 min de lecture

A

Le cinquième jour, on les mena dans la Salle des Serments.

C'était la plus ancienne pièce de Fort-Cendre, ronde, sans fenêtre, éclairée par un unique brasero suspendu dont les flammes ne projetaient pas d'ombre. Au centre, gravé dans le sol, un double cercle entrelacé : deux anneaux qui se mordaient la queue.

« Le Serment », expliqua Ferenz, « n'est pas un symbole. C'est une chaîne. Deux Brasiers liés partagent une fraction de leur feu — et de tout ce qui vient avec. Vous sentirez l'autre. Sa peur. Sa douleur. Parfois davantage. Tant que dure le lien, vous ne combattez plus à deux : vous combattez comme un. » Elle marqua une pause. « C'est ce qui vous gardera en vie face aux Affamés. C'est aussi ce qui vous rendra vulnérables l'un par l'autre. Choisissez d'aimer votre partenaire ou de le détester, peu m'importe. Mais apprenez-le par cœur, car votre survie passera désormais par la sienne. »

Naïa sentit Tissa lui presser brièvement les doigts. Toi et moi, disait ce geste. Elles s'étaient promis, à voix basse, de demander à être liées. Mieux valait une chaîne choisie qu'une chaîne subie.

« Les paires ne sont pas un souhait », dit Ferenz, comme si elle avait entendu. « Elles sont une décision de l'Ordre. Le feu s'apparie selon ses lois, pas selon vos affections. »

Un à un, les noms tombèrent. Orvann fut lié à un garçon massif et taciturne, ce qui les contraria visiblement tous les deux. Tissa fut appelée — et liée à la fille à la bille de verre. La rousse lança à Naïa un regard désolé par-dessus son épaule, et Naïa lui rendit un sourire qu'elle ne sentait pas, le ventre noué. Il restait un nombre impair de recrues. Il restait elle.

« Naïa de Bas-Sorne », appela Ferenz.

Elle avança jusqu'au cercle. Personne ne fut appelé pour la rejoindre.

Le silence s'étira. Naïa regarda autour d'elle, l'estomac en chute libre. Une recrue sans paire ne passait pas l'Épreuve. Une recrue sans paire était renvoyée — et une recrue renvoyée de Fort-Cendre, avec un anneau de contention au poignet et un secret sous la peau, ne survivait pas longtemps dehors.

Puis une voix s'éleva des ombres au fond de la salle.

« Moi. »

Kael Drahn s'avança dans la lumière sans ombre.


Un murmure courut parmi les recrues. Ferenz elle-même haussa un sourcil — la seule fissure que Naïa lui eût jamais vue.

« Commandant », dit l'instructrice prudemment, « un officier ne se lie pas à une recrue. Ce n'est pas— »

« Ce n'est pas interdit », coupa Kael. « C'est seulement rare. Le règlement autorise un instructeur à s'apparier à une recrue orpheline de paire plutôt que de la perdre. » Il s'arrêta face à Naïa, de l'autre côté du double cercle. « Et nous ne sommes plus en mesure de perdre qui que ce soit. »

Naïa le fusilla du regard. « Je préfère encore être renvoyée. »

« Non », dit-il, parfaitement calme. « Tu préfères vivre. Tu l'as déjà choisi une fois, dans une ruelle. Ne deviens pas menteuse avec toi-même maintenant. »

Elle ouvrit la bouche, la referma. Il savait. Pour la ruelle, pour le corbeau, pour le marché des deux bûchers — il savait tout, parce que c'était lui, comprit-elle soudain, qui tirait les ficelles depuis le début. Il l'avait fait venir. Il l'avait laissée mentir à l'Âtre. Et maintenant il se liait à elle pour la garder sous les yeux comme on garde une braise dans un seau d'eau : juste assez vivante pour être utile, jamais assez libre pour être dangereuse.

« Pourquoi ? » souffla-t-elle, pour elle seule.

« Parce que je préfère tenir ce que je crains plutôt que de le chasser », répondit-il, aussi bas. « C'est tout ce que tu auras comme honnêteté de ma part, recrue. Profites-en. Ça ne durera pas. »

Ferenz les fit s'agenouiller de part et d'autre du cercle gravé. « Donnez vos mains au feu. »

On ôta l'anneau de Naïa. Le cendrefeu monta — et cette fois, il y avait quelque chose en face. Quand leurs paumes se posèrent au centre, séparées par le vide, le brasero suspendu s'embrasa, et une ligne de feu courut le long du double cercle, reliant les deux anneaux gravés en un seul.

Le contact ne fut pas physique. Il fut intérieur.

Naïa sentit Kael s'ouvrir en elle comme une porte sur une pièce qu'on n'aurait jamais dû voir : une discipline de fer tendue sur un puits de fatigue ancienne, un contrôle si total qu'il en était une douleur, et tout au fond, verrouillé sous mille serrures, quelque chose qui ressemblait à du deuil. L'espace d'un instant, elle le connut — et elle sut, à la manière dont il se raidit, qu'il venait de la connaître aussi : la peur, la faim, la flamme noire qui hurlait d'exister.

Leurs regards se croisèrent au-dessus du feu, et pour la première fois, le calme de Kael avait cédé. Il y avait dans ses yeux gris quelque chose qu'elle ne lui avait pas encore vu, et qui lui fit plus peur que tout le reste.

De la stupeur. Comme s'il venait de toucher, lui aussi, à quelque chose qu'il n'avait pas prévu.

« Le Serment est scellé », dit Ferenz. « Vous êtes liés jusqu'à ce que la mort ou l'Ordre vous délie. Relevez-vous. »

Ils se relevèrent ensemble, sans le vouloir, du même mouvement, déjà accordés contre leur gré. Et Naïa comprit, avec une clarté désespérée, qu'elle venait d'être enchaînée à l'homme le plus dangereux de Fort-Cendre — et que, par sa faute à lui, il portait désormais une part de son secret au creux de sa propre poitrine.

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