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Le Serment des Cendres

Première braise

5 min de lecture

A

La cour d'exercice s'appelait l'Âtre. C'était un cercle de pierre noire ouvert sur le ciel, cerné de gradins vides, et le sol en portait les traces : longues coulées vitrifiées, là où des feux trop ardents avaient fait fondre la roche.

« Aujourd'hui, le feu parle », annonça la dame Ferenz. « Chacun à son tour, au centre. Vous appellerez votre Brasier, vous lui donnerez une forme, vous le rendrez. Rien de plus. » Son regard fit le tour des recrues. « Et avant que vous ne posiez la question, oui : les anneaux de contention tombent pendant l'épreuve. On ne juge pas un feu qu'on étouffe. »

Naïa crut que son cœur allait s'arrêter.

L'anneau. Le seul rempart entre son secret et le bûcher. Elle regarda autour d'elle, cherchant une issue qui n'existait pas, et croisa le regard de Tissa, qui articula sans bruit : les mains. Mentir avec les mains. Comme si c'était simple.

Orvann passa le premier, évidemment. On lui ôta son anneau ; il leva la paume, et une flamme orange et nette y jaillit, qu'il étira en une lance brillante avant de la disperser en gerbe d'étincelles. Pur effet. Les gradins seraient restés froids s'ils avaient été pleins, mais Ferenz hocha la tête une fois, ce qui, chez elle, valait une ovation.

Tissa fit danser trois billes de feu en orbite autour de son poing — affinité de braise doublée de mouvement, rare, et l'instructrice s'attarda une seconde de plus sur elle.

Puis : « Naïa. »


Le centre de l'Âtre était plus froid qu'elle ne l'aurait cru. Une instructrice s'approcha, prit son poignet, et fit jouer le mécanisme de l'anneau.

Le monde changea.

Le silence dans sa tête — celui qu'elle haïssait depuis trois jours — se déchira, et le cendrefeu remonta d'un coup, en crue, comme un fleuve qui a trop attendu le dégel. Il voulait sortir. Il voulait tout. Naïa serra le poing, sentit la chaleur noire ramper jusqu'à ses doigts, et comprit qu'elle avait peut-être deux secondes avant que la flamme la trahisse devant l'Ordre entier.

Les mains.

Elle ne pouvait pas empêcher le feu de venir. Mais peut-être pouvait-elle l'habiller. Elle pensa à la suie, à la fumée des forges de Bas-Sorne, à tout ce qui était gris plutôt que noir — et au lieu de retenir sa flamme, elle l'ouvrit, juste un peu, juste assez pour qu'elle s'étale en une nappe basse, épaisse, fumante. De loin, cela ressemblait à de la cendre mauvaise. À une affinité ratée. À rien.

Cela lui coûta plus que n'importe quel mensonge de sa vie. Le feu se débattait contre la forme qu'elle lui imposait, mordait, voulait être vu. Une goutte de sueur roula entre ses omoplates. Sa nappe de fumée vacilla, et l'espace d'un battement de cils, en son cœur, perça une langue de noir absolu.

Un seul instant. Puis elle ravala tout, referma le poing, et la fumée se dissipa.

« Cendre mineure », dit l'instructrice, presque avec mépris, en remettant l'anneau. « Suivant. »

Naïa recula, les jambes en coton, le triomphe lui montant à la gorge comme une nausée. Réussi. J'ai réussi.

Et puis elle leva les yeux vers les gradins.

Kael Drahn était là. Assis, immobile, un coude sur le genou. Personne ne l'avait vu entrer. Il ne regardait pas la recrue suivante. Il la regardait, elle, et sur son visage il n'y avait ni mépris ni indifférence — il y avait le calme terrible d'un homme qui vient de voir, au fond d'une nappe de fumée grise, une langue de feu noir, et qui range cette information quelque part, soigneusement, pour plus tard.


Il l'attendit à la sortie de l'Âtre.

« Marche avec moi », dit-il. Ce n'était pas une invitation.

Ils longèrent le rempart en silence, la Faille à l'horizon comme un témoin. Naïa avait appris très jeune que le silence était un piège : celui qui le rompt le premier a déjà perdu. Elle tint bon. Lui aussi. Ils marchèrent ainsi une éternité, deux entêtements côte à côte.

« Cendre mineure », dit enfin Kael, et il y mit juste ce qu'il fallait d'ironie pour que ce soit insultant. « Tu sais combien de recrues de cendre mineure j'ai vues transpirer comme tu transpirais ? »

« J'avais le trac », dit Naïa.

« Tu mens bien. » Il s'arrêta, se tourna vers elle, et la pesa du regard. « C'est rare aussi. À Bas-Sorne, je suppose qu'on apprend ça avant de marcher. »

« On apprend surtout à reconnaître les gens qui font semblant de s'intéresser à nous pour mieux nous vendre. »

Quelque chose passa dans les yeux gris — pas de la colère. Pire. De la curiosité.

« Écoute-moi bien, recrue », dit-il, et sa voix descendit d'un ton, basse, précise, faite pour elle seule. « Je me moque de ce que tu portes. Vraiment. J'ai vu mourir trop de gens pour me passionner pour les secrets des vivants. Mais l'Épreuve, elle, ne se moque de rien. Dans neuf jours, le Brasier va te retourner comme un gant devant tout l'Ordre, et ce jour-là, ta petite fumée grise ne te sauvera pas. » Il fit un pas en arrière. « Alors tu as deux options. Soit tu apprends à maîtriser ce que tu caches. Soit tu meurs en le cachant. »

« Et vous me proposez quoi, exactement ? » cracha-t-elle, le cœur battant. « De l'aide ? »

Un demi-sourire, sans chaleur. « Je ne propose jamais d'aide. Je constate des faits. » Il commença à s'éloigner, puis, par-dessus l'épaule : « Le mien, de fait, c'est que je n'ai pas encore décidé si tu étais un atout ou un danger. À ta place, recrue, je travaillerais très fort pour être un atout. »

Il la laissa là, sur le rempart, avec le vent de la Faille et la certitude que le compte à rebours avait commencé — et qu'il tenait, lui, l'autre bout de la corde.

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