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Je n’ai pas répondu.
Je ne peux pas.
Parce que si je réponds, ça devient réel.
Et je sens déjà que tout est en train de glisser hors de moi.
Le pendentif est toujours sur la table.
Entre nous.
Comme une preuve posée trop calmement sur une scène de crime.
Je fixe l’objet.
Puis lui.
Puis l’objet.
Ma respiration est irrégulière.
— C’est impossible… je murmure.
Il ne corrige pas.
Il ne force rien.
Il attend.
C’est ça le pire chez lui.
Il ne court pas après mes réactions.
Il sait déjà ce qui va arriver.
Comme s’il avait vu cette scène… trop souvent.
Je tends lentement la main vers le pendentif.
Mes doigts tremblent avant même de le toucher.
Dès que ma peau entre en contact avec le métal—
Un choc.
Pas physique.
Mental.
Et tout bascule.
Je suis ailleurs.
Le café disparaît.
La table disparaît.
Lui aussi.
Je suis debout.
Dans une rue humide.
Vide.
Pas comme une absence de gens.
Non.
Comme une absence de réalité.
Les murs semblent trop nets.
Le ciel trop bas.
Et je marche.
Sans comprendre pourquoi je marche.
Puis je m’arrête.
Parce que je le vois.
Moi.
Enfin… pas moi maintenant.
Une autre version.
Moi… mais différente.
Plus sûre.
Plus stable.
Et face à elle—
lui.
Encore lui.
Mais son regard est différent.
Moins calme.
Plus humain.
Plus fragile.
— Tu ne peux pas faire ça, dit-il.
Sa voix est plus vivante.
Plus cassée aussi.
Moi (l’autre moi) répond sans trembler :
— Je peux.
Je sens quelque chose se briser dans ma poitrine.
Sans comprendre.
Sans pouvoir intervenir.
Je suis spectatrice dans mon propre corps.
Il avance d’un pas.
— Si tu le fais, tu m’effaces avec.
Silence.
L’autre moi ne détourne pas le regard.
— C’est le but.
Le monde se fissure légèrement autour de moi.
Comme une vitre sous pression.
Non…
Non, ce n’est pas un souvenir normal.
C’est un moment interdit.
Quelque chose que je n’étais pas censée revoir.
Il serre les poings.
— Tu crois que ça va t’aider ?
Elle ne répond pas.
Elle tend la main.
Vers quelque chose hors champ.
Et au moment où elle agit—
il dit doucement :
— Tu reviendras quand même.
Silence.
Elle hésite.
Une fraction.
Une micro-seconde.
Et c’est là que je comprends.
Elle a peur.
Vraiment peur.
Mais elle le fait quand même.
Une lumière blanche explose.
Tout se casse.
Je reviens brutalement au café.
Je tombe presque de ma chaise.
Ma respiration est coupée.
Mes mains sont glacées.
Le pendentif est toujours là.
Mais maintenant…
je le vois différemment.
Je le reconnais.
Pas comme un objet.
Comme une clé.
Ou une erreur.
Je relève les yeux vers lui.
Il ne bouge pas.
Mais son regard, lui…
a changé.
Comme s’il savait exactement ce que j’ai vu.
— Tu l’as fait… je chuchote.
Il ne répond pas.
Je tremble.
— J’ai… effacé quoi ?
Silence.
Long.
Lourd.
Puis il parle enfin.
— Une version de toi qui ne pouvait plus revenir.
Je recule instantanément.
La chaise grince.
— Non… non non non… je n’ai rien effacé !
Il me regarde calmement.
— Si.
Je secoue la tête, paniquée.
— C’est pas moi !
— Si.
Sa voix est plus basse maintenant.
Plus fatiguée.
— Et c’est pour ça que ça recommence.
Je sens mes jambes devenir instables.
— Recommence quoi ?
Il fixe le pendentif.
Puis moi.
— Le retour.
Je fronce les sourcils, perdue.
— Quel retour ?
Il inspire légèrement.
Et là, pour la première fois depuis le début…
il dit quelque chose qui n’est pas une énigme.
— Tu ne me rencontres pas.
Pause.
— Tu me réveilles.
Silence total.
Mon cerveau refuse.
Catégoriquement.
— Ça veut dire quoi… je murmure.
Il se penche légèrement en arrière.
Et sa voix devient presque… différente.
Plus ancienne.
— Ça veut dire que chaque fois que tu me “revois”…
il marque une pause.
— c’est parce que tu as encore cassé quelque chose.
Je sens un vertige.
— Et si j’arrête ?
Il me regarde longuement.
Très longuement.
Puis :
— Tu ne sais pas arrêter.
Un frisson violent me traverse.
— Tu mens…
Je le dis sans conviction.
Même moi, je l’entends.
Il se lève lentement.
Cette fois, ce n’est pas une apparition soudaine.
Ce n’est pas un déplacement impossible.
C’est normal.
Trop normal.
Et ça me terrifie encore plus.
— Regarde tes mains, dit-il.
Je baisse les yeux.
Je tremble.
Mais je regarde.
Rien.
Sauf que…
quelque chose apparaît.
Très doucement.
Comme une écriture qui remonte à la surface d’un écran.
Des marques.
Fines.
Presque invisibles.
Des mots.
Qui n’étaient pas là avant.
Et qui disent simplement :
“Cycle 3 incomplet”
Je relève la tête d’un coup.
Il est déjà en train de partir.
Je me lève brusquement.
— Attends !
Mais il ne s’arrête pas.
Il traverse le café.
Et personne ne le remarque.
Personne.
Comme toujours.
Il arrive à la porte.
Et avant de disparaître dans la rue, il dit sans se retourner :
— Cette fois, essaie de ne pas mourir trop tôt.
Puis il sort.
Et moi…
je reste là.
Avec une seule pensée.
Très simple.
Très dangereuse.
Je ne suis pas en train de vivre une histoire.
Je suis en train de répéter quelque chose.
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