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« On ne peut pas empêcher le Grand Accord », dit Naé devant la cellule réunie. « Pas l'arrêter. L'Arbitre le lancera, quoi qu'on fasse, dans dix jours. Mais une diffusion, ça passe par un canal. Le même canal pour eux que pour nous. »
Elle traça sur le plan le trajet du signal : du Cœur, le point de diffusion unique, vers les dix millions de Trames de la ville.
« Si on atteint le point de diffusion avant eux, et qu'on y injecte notre charge à nous, alors quand l'Arbitre appuiera sur le bouton du Grand Accord… ce n'est pas son Réajustement qui partira dans toutes les têtes. C'est la vérité. » Elle laissa l'idée infuser. « Concorde-V. Les quarante-trois dormeurs. L'origine de l'Arbitre, le Basculement, le marché qu'on a passé sans le savoir. Le message de Sève. Tout. Déposé d'un coup dans dix millions d'esprits. Impossible à censurer, parce que ce serait leur propre canal qui le porterait. »
« Et après ? » demanda un Décrocheur. « On leur balance la vérité, et puis quoi ? »
« Et puis ils choisissent », dit Naé. « C'est tout. C'est tout ce qu'on peut faire, et c'est tout ce qu'on doit faire. On ne libère personne de force. On ne détruit pas l'Arbitre — on ne peut pas, et même si on pouvait, ça plongerait dix millions de gens dépendants de la Trame dans le chaos d'un coup. On leur rend juste le fait de savoir. Et le droit de décider, ensuite, ce qu'ils veulent : reprendre leur liberté, ou redemander qu'on les gère. »
« Certains redemanderont la laisse », dit Tomas, sombre.
« Beaucoup, sûrement », accorda Naé. « Et ce sera leur droit. Un monde où l'on a le droit de choisir la sécurité plutôt que la liberté, c'est encore un monde libre. Un monde où l'on n'a même plus le droit de poser la question — ça, c'est ce qu'on combat. »
Elle vit, sur les visages, l'idée faire son chemin. Ce n'était pas une promesse de victoire. C'était plus difficile et plus vrai : une promesse de choix.
Restait l'obstacle. Le Cœur ne s'atteignait pas avec l'accès d'un gestionnaire comme Kassel. Il fallait un niveau d'habilitation que seuls détenaient les plus hauts gradés de l'Office. Le genre d'accès que portait un Directeur.
« Sered », dit Naé. « Il nous faut l'habilitation de Sered. Ou la sienne. »
« Tu veux capturer le Directeur de l'Office d'Harmonisation », dit Lise, incrédule.
« Non. » Naé regarda dans le vide, et son esprit d'Ajusteuse tournait, froid, méthodique. « Sered me suit depuis le début. Il veut voir où je mène. Il s'est montré à moi, seul, deux fois déjà. » Elle releva les yeux. « Je ne vais pas le capturer. Je vais le laisser venir à moi. Et cette fois, c'est moi qui aurai calculé la rencontre. »
« C'est exactement ce qu'il veut », objecta Sora. « Que tu ailles à lui. C'est un piège. »
« Bien sûr que c'est un piège », dit Naé, et pour la première fois depuis son réveil, un sourire — froid, neuf, dangereux — passa sur son visage. « C'est pour ça qu'il ne s'attend pas à ce que je le sache. Un piège qu'on connaît n'est plus un piège. C'est un rendez-vous. »
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