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Le Serment des Cendres

Fuite et fureur

2 min de lecture

A

Pendant trois jours, Naïa vécut avec un mort dans la poitrine.

Le lien était toujours là — on ne brise pas un Serment par la colère — mais elle l'avait fermé de son côté avec une violence dont elle ne se croyait pas capable, le réduisant à un mur sourd. De l'autre côté, Kael ne forçait pas. Il attendait, et son attente même était une plaie : car à travers la moindre fissure passait, malgré tout, sa douleur à lui, constante, patiente, qui ne demandait rien.

Elle décida de fuir.

C'était la seule logique qui lui restait. Si elle restait, Vael finirait par la prendre pour son Rite. Si elle restait, elle continuerait d'aimer un homme qui l'avait trouvée pour la tuer. Dehors, au moins, elle ne serait qu'une fugitive de plus, et la fuite, elle savait faire.

Elle rassembla le peu qu'elle possédait, le médaillon noir, quelques vivres volés aux cuisines, et gagna la poterne nord à la faveur de la relève de minuit.

Tissa l'attendait dans l'ombre du passage.

« Je savais que tu ferais ça », dit la rousse. « Tu as la tête de quelqu'un qui calcule des sorties depuis l'enfance. »

« Pousse-toi, Tissa. »

« Non. » Elle ne bougea pas. « Dehors, tu tiens combien de temps ? Une recrue marquée, une flamme que tout l'Empire chasse, sans appui, sans toit ? Tu fuyais déjà à Bas-Sorne, Naïa. Où ça t'a menée ? » Sa voix s'adoucit. « Ici, au moins, tu as deux personnes prêtes à mentir pour toi. Moi. Et lui. »

« Ne me parle pas de lui. »

« Il t'a menti sur le début », dit Tissa. « Pas sur le reste. J'ai des yeux. Cet homme s'est éteint en même temps que ton lien s'est fermé. Un menteur ne fait pas cette tête-là. » Elle posa une main sur son bras. « Je ne te dis pas de lui pardonner. Je te dis : ne laisse pas Vael gagner. Parce que ta fuite, c'est exactement ce qu'il veut — toi, seule, dehors, facile à cueillir loin des regards. »

Naïa s'immobilisa. C'était précisément ce que Kael avait dit. Une arme isolée est plus facile à saisir.

Elle laissa retomber son sac. La fuite, sa vieille amie, sa seule stratégie — et elle comprit, debout dans la poterne glacée, que la fuir, justement, serait peut-être le premier vrai courage de sa vie.

« Je le déteste », dit-elle, et sa voix tremblait.

« Je sais », dit Tissa en l'attirant à l'intérieur. « C'est pour ça que ça fait si mal. »

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