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Ils n'atteignirent jamais le refuge qu'ils s'étaient fixé. Vael les attendait au défilé de la Gorge-Grise, et cette fois, il était venu en personne.
« Quelle reddition touchante vous m'évitez », dit l'Archonte, tandis que ses soldats encerclaient les trois fugitifs épuisés et leur blessée. « Je craignais de devoir vous chercher. »
« Vous saviez pour le Rite », dit Naïa. « La vérité. Qu'on peut le faire à deux et survivre. Vous l'avez toujours su, et vous l'avez caché — parce qu'un combustible mort vous arrange mieux qu'une héroïne vivante qui pourrait vous faire de l'ombre. »
Quelque chose passa dans le regard de Vael — pas de la honte, jamais, mais la satisfaction de l'homme dont on a enfin mesuré l'intelligence.
« Très bien, recrue. Vraiment. » Il joignit les mains. « Oui. Le Serment des Cendres partage le fardeau. Mais réfléchissez : une porteuse qui survit au Rite devient l'être le plus vénéré de l'Empire. Une héroïne plus puissante que tous les Archontes réunis. Ingérable. » Il sourit. « Tandis qu'une martyre… une martyre, on la contrôle. On grave son nom. On chante sa gloire. Et on garde le pouvoir. » Il fit un geste. « Vous scellerez la Faille, oui. Mais seule. Comme le veut le registre officiel. »
« Et si je refuse ? »
Vael regarda Tissa, livide sur son cheval, puis Kael.
« Vous ne refuserez pas », dit-il doucement. « Parce que la Faille a commencé sa rupture finale ce matin — mes éclaireurs l'ont confirmé. Dans trois jours, elle s'ouvre tout entière, et l'Empire meurt. Vous pouvez le sauver. Seule. Et en mourant. » Le piège, encore, parfait. « Ou bien vous laissez le monde finir par orgueil. Le choix de la grande Naïa de Bas-Sorne. »
On les désarma. On les enchaîna. Et tandis qu'on les emmenait vers Fort-Cendre et vers le Rite, Naïa, brisée, regarda Tissa qui luttait contre la fièvre, Kael dont le visage était de cendre, et sentit pour la première fois le désespoir pur, sans fond, celui qu'elle avait fui toute sa vie.
Vael avait tout. La vérité, la force, le temps, et même sa conscience à elle, qui ne la laisserait jamais condamner le monde pour se sauver.
« Kael », murmura-t-elle dans la nuit de la marche, à travers le lien autant qu'à voix basse. « S'il m'oblige à le faire seule… »
« Il ne le fera pas », dit Kael, et sous les chaînes, sous la défaite, le lien transmit quelque chose que Vael n'avait pas prévu, parce que les hommes comme Vael ne comprennent que le pouvoir, jamais ce qui le défie : une résolution froide, totale, prête à tout brûler. « Écoute-moi bien, Naïa. Quoi qu'il arrive au Rite. Quoi que je doive faire. » Une promesse, la dernière, scellée dans la cendre. « Tu ne mourras pas seule. Je te le jure sur la seule chose qui me reste. »
Sur le pont, cette fois, il ne lâcherait pas.
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