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Le monde ne tremble plus.
Il hésite.
Comme s’il attendait une décision pour savoir sous quelle forme continuer à exister.
Je reste immobile.
Et pour la première fois depuis le début de tout ça…
je sens mes pensées ne plus être seules dans ma tête.
Elles sont plusieurs.
Mais elles ne se battent pas.
Elles se regardent.
Je souffle :
— Je comprends rien…
Et immédiatement, trois versions de ma voix répondent en même temps.
Pas des mots différents.
La même phrase.
Mais pas le même ton.
L’autre moi me regarde.
— Tu commences à fusionner.
Je fronce les sourcils.
— C’est censé faire quoi ?
Elle répond sans détour :
— Ça dépend de ce que tu acceptes de perdre.
Silence.
Je me tourne vers lui.
Il est toujours là.
Mais maintenant, il ne semble plus totalement “présent”.
Comme une image qui perd un peu de résolution.
Je murmure :
— Tu disparais…
Il me regarde.
Et sa voix est plus basse qu’avant.
— Je me stabilise en fonction de toi.
Je serre les dents.
— Donc si je me casse… tu te casses aussi ?
Il hoche doucement la tête.
Et là, quelque chose en moi se serre.
Pas de la peur.
De la responsabilité.
L’autre moi s’avance.
— Tu ne peux plus repousser, dit-elle.
Je recule légèrement.
— Je peux prendre le temps.
Elle secoue la tête.
— Non.
Pause.
— Le système n’attend plus.
Je ferme les yeux.
Et cette fois, ce n’est pas un souvenir qui arrive.
C’est pire.
Une sensation de superposition.
Je suis dans la ruelle.
Dans la pièce blanche.
Dans le café.
Dans plusieurs moments en même temps.
Et toutes mes versions respirent différemment.
Je chuchote :
— Je vais devenir quoi si je choisis ?
Silence.
Puis elle répond :
— Une seule.
Je rouvre les yeux.
— Et les autres ?
Elle ne détourne pas le regard.
— Elles cessent d’être séparées.
Je comprends.
Ce n’est pas une mort classique.
C’est une disparition de distinction.
Je regarde lui.
— Et toi ?
Il ne répond pas immédiatement.
Et cette hésitation me transperce.
Puis :
— Je deviens ce que tu n’as plus besoin de maintenir.
Je serre les poings.
— Ça veut dire quoi ça ?
Il avance légèrement.
Et pour la première fois…
il semble fragile.
— Si tu choisis l’unité… je ne serai plus une fonction.
Pause.
— Je redeviens une conséquence.
Silence.
Je sens mes jambes trembler.
Et soudain…
toutes mes versions parlent en même temps dans ma tête :
choisis
ne choisis pas
reviens
arrête
reste
avance
Je tombe à genoux.
L’autre moi s’agenouille aussi, en face de moi.
Nos visages à la même hauteur.
— Tu sais déjà ce que tu veux, dit-elle doucement.
Je secoue la tête.
— Non…
Elle insiste :
— Si.
Silence.
Et là…
je vois enfin.
Pas une scène.
Pas un souvenir.
Une décision.
La première.
Moi.
Devant lui.
Avant tout.
Et moi disant :
— “Je ne peux pas vivre avec ça.”
Je tremble.
— C’est lui que j’ai voulu effacer…
Je murmure.
L’autre moi répond :
— Non.
Pause.
— Tu as voulu effacer ce que tu ressentais en le gardant.
Silence.
Je regarde lui.
Et cette fois…
je ne vois plus un mystère.
Je vois une conséquence.
Je chuchote :
— Et si je te choisis toi ?
Il me regarde.
Longtemps.
Et sa réponse est simple.
Trop simple.
—
Alors le cycle continue.
Silence.
Je ferme les yeux.
Et là, pour la première fois…
je ne cherche plus à comprendre.
Je cherche à choisir.
Quand j’ouvre les yeux…
je parle enfin clairement.
—
Je choisis d’être entière.
Silence total.
Et tout commence à se fissurer.
L’autre moi me regarde.
Et pour la première fois…
elle sourit.
Pas triste.
Pas rassuré.
Un sourire de départ.
— Alors on se retrouve au même endroit, dit-elle.
Et elle disparaît.
Lui me regarde.
Et sa voix est presque un souffle.
— Tu vas oublier ce que ça coûte.
Je tremble.
— Peut-être.
Et tout explose doucement.
Pas de lumière.
Pas de bruit.
Juste une disparition progressive des séparations.
Dernière image :
lui.
Qui me regarde.
Pas comme une présence.
Mais comme quelque chose qui s’éloigne d’un système qu’il ne peut plus maintenir.
Et avant que tout devienne blanc…
il dit :
— À la prochaine version.
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