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Angle Mort

Ce que Sora décide

3 min de lecture

A

Sora vint la voir pendant sa convalescence, seule, et s'assit au bord de la couche sans un mot pendant un long moment.

« J'ai écouté le dernier message de Sève cent fois depuis hier », dit-elle enfin. « "La dernière chose que j'ai faite libre, c'est vous trahir." » Sa voix était rauque. « Pendant un an, j'ai haï cette phrase. Elle expliquait tout : la cave, les morts, ma colère. C'était plus simple de haïr une traîtresse que de pleurer une amie. »

« Tu avais le droit », dit Naé.

« Non. » Sora secoua la tête. « Parce que je connaissais la suite de la phrase et je l'ai oubliée exprès. Sève n'a pas dit "je vous ai trahis". Elle a dit "ils m'ont fait parler, c'était dans ma tête, je n'ai pas pu m'en empêcher". » Elle releva les yeux, et ils étaient rouges. « On lui a ouvert le crâne pour lui voler des noms. Et moi, je l'ai jugée comme si elle avait choisi. »

« Tu pouvais pas savoir. »

« Toi non plus, tu pouvais pas savoir, pour Maï, pour les dossiers que tu as signés. » Sora eut un rire mouillé. « On est pareilles, finalement. On porte des fautes qu'on n'a pas choisies, et on doit décider quoi en faire. » Elle prit la main de Naé — la première fois qu'elle la touchait sans hostilité. « Je ne te demande pas d'être Sève. Elle est morte sur leur table, tu as raison. Mais la femme qui s'est ouvert le crâne hier pour que les autres ne meurent pas — celle-là, je la suis. Où qu'elle aille. »

Quelque chose se dénoua dans la poitrine de Naé, un nœud qu'elle portait depuis le Fond sans le nommer : le besoin d'être pardonnée par la seule personne qui avait le droit de le faire.

« Alors suis-moi jusqu'au Cœur », dit-elle.


La cellule se reforma autour d'elle — non plus autour d'un fantôme suspect, mais autour d'une stratège qu'ils avaient vue risquer sa tête pour eux. Ceux qui pouvaient affronter la procédure choisirent de couper leur fil ; ceux qui ne le pouvaient pas acceptèrent de rester en retrait, hors des opérations, pour ne pas servir de balise. Personne ne fut forcé. C'était, après tout, l'idée pour laquelle ils se battaient : le choix.

« On a un problème de calendrier, par contre », annonça Lise en revenant d'une sortie de reconnaissance, le visage sombre. « J'ai intercepté du trafic de l'Office. Ils préparent quelque chose. Quelque chose d'énorme. » Elle afficha un fragment de données. « Ça s'appelle le Grand Accord. Une diffusion unique, programmée dans dix jours, sur toutes les Trames de la ville en même temps. »

« Une diffusion pour dire quoi ? » demanda Tomas.

Naé lut le fragment, et le froid la prit. Parce qu'elle reconnaissait la signature d'un Réajustement — mais à une échelle qu'elle n'avait jamais conçue.

« Pas pour dire », corrigea-t-elle. « Pour faire. C'est un Réajustement. » Elle releva les yeux. « Un Réajustement national. Ils vont recalibrer dix millions de personnes d'un coup. Effacer chez chacun la moindre dérive, le moindre doute, le moindre souvenir discordant. Sered ne veut plus traquer les dissidents un par un. » Sa voix tomba. « Il va supprimer la capacité même de dissidence. Dans toute la ville. En une nuit. »

Le silence qui suivit avait le goût d'un compte à rebours.

« Dix jours », dit Sora. « Pour atteindre le Cœur et leur voler leur voix avant qu'ils s'en servent pour nous faire taire tous, pour toujours. »

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