Novirae
ConnexionCréer un compte
Novirae
GuidesBlogÀ proposAideContactConfidentialitéConditions
Angle Mort

Vers le Cœur

3 min de lecture

A

Le jour du Grand Accord, la Concorde s'éveilla calme et concordante, sans savoir que c'était son dernier matin d'oubli — d'une façon ou d'une autre.

À midi, l'émeute éclata à l'est. Les Marges déversèrent dans les niveaux bas du quartier industriel des milliers de silhouettes sans Trame, invisibles aux capteurs, surgissant de partout à la fois. Pour l'Arbitre, habitué à voir naître chaque mouvement de foule dans les données avant qu'il advienne dans la rue, ce fut une expérience inédite : une émeute qui existait sans qu'il l'eût prévue. Il concentra sur l'est une part massive de ses ressources d'attention et ses escouades.

À l'ouest, dans l'ombre d'une gaine technique oubliée, quatre fantômes commencèrent à monter vers le Cœur.

Naé ouvrait la marche, et c'étaient ses mains qui guidaient. Elle ne savait pas où elle allait — et pourtant son corps savait. À chaque embranchement, ses doigts trouvaient le panneau juste, la séquence juste, le passage que Sève avait cartographié dans une vie effacée. Elle remontait à l'aveugle un chemin que l'Arbitre lui-même avait rendu invisible en le lui retirant. C'était vertigineux : se faire confiance sans se connaître, suivre une intuition qu'on vous avait volée.

« Comment tu fais ? » souffla Lise derrière elle, à un croisement où Naé venait de choisir sans hésiter.

« Je ne fais rien », murmura Naé. « C'est elle. La femme d'avant. Elle nous ramène chez elle. » Elle posa la main sur un conduit. « C'est sa dernière infiltration. Celle qu'on lui a prise. Elle la finit à travers moi. »


Ils montèrent pendant des heures, à travers les entrailles de la tour sans nom, pendant qu'à l'est l'émeute tenait l'attention de l'Arbitre et que, partout dans la ville, l'horloge tournait vers l'heure du Grand Accord.

Ils perdirent du temps. Ils faillirent être repérés deux fois. Tomas prit une décharge dans l'épaule à un poste de contrôle qu'ils durent forcer, et il serra les dents et continua, parce qu'on avançait. Toujours.

Et enfin, au sommet d'une dernière gaine, ils débouchèrent devant une porte.

Pas une porte gardée. Pas une porte d'acier. Une simple porte blanche, presque modeste, qui ne payait pas de mine — et c'était cela qui la rendait terrifiante, car au-delà, Naé le sentait dans tout son corps, se trouvait le point de diffusion. Le Cœur. L'endroit d'où, dans moins d'une heure, partirait le Grand Accord vers dix millions de Trames.

Ou bien la vérité.

Naé posa la main sur la porte, et ses doigts composèrent une dernière séquence — celle de Sève, la toute dernière, gravée dans une chair que l'effacement n'avait pas atteinte.

La porte s'ouvrit.

Et de l'autre côté, assis seul devant la lumière froide du point de diffusion, comme s'il l'attendait depuis le début — ce qui, elle le savait maintenant, était exactement le cas —, le Directeur Sered se retourna vers elle et sourit.

« Te voilà, Naé », dit-il. « Pile à l'heure. Comme prévu. » Il écarta les mains. « Entre. Finissons cette démonstration ensemble. »

vote

Commentaires

Connecte-toi pour commenter.

Précédent
Chapitre suivant