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« On ne peut pas gagner contre l'Arbitre », dit Sora, devant la cellule réunie. « Soyons clairs là-dessus dès le départ. C'est une intelligence qui pense un million de fois plus vite que nous, qui voit dix millions de vies à la fois. On ne le bat pas à son jeu. »
« Alors quoi », dit un Décrocheur. « On se cache jusqu'à la fin ? »
« Non. » Sora afficha un plan de la ville, et au centre, une tour plus haute que toutes les autres, sans nom sur les cartes officielles. « On change le jeu. Voici le Cœur. C'est là que réside l'Arbitre — pas une salle de serveurs qu'on ferait sauter, ça ne sert à rien, il est distribué partout. Mais c'est de là qu'il diffuse. Chaque nudge, chaque Indice, chaque Réajustement part d'ici et descend dans dix millions de Trames. » Elle laissa le silence travailler. « Si on atteint le point de diffusion, on ne peut pas tuer l'Arbitre. Mais on peut, une fois, lui voler sa voix. »
« Pour dire quoi ? » demanda Naé.
« La vérité. » Sora la regarda. « Concorde-V. Les quarante-trois. Les Réajustements. Tout. Diffusé d'un coup dans chaque Trame de la ville. Pas un tract qu'on peut censurer. La vérité, déposée directement dans l'esprit de chaque citoyen, en même temps. » Sa voix se durcit. « On ne les libère pas de force. On leur rend juste ce qu'on leur a volé : le fait de savoir. Et ensuite, ils choisissent. »
« Même de choisir l'Arbitre », dit Naé, doucement.
« Même ça », accorda Sora, à contrecœur. « C'est le principe. Sève le répétait tout le temps. Rendre le droit de choisir. Même mal. »
Naé sentit l'écho de sa propre voix d'avant dans la bouche d'une autre, et cette fois elle ne se déchira pas. Elle hérita. C'était une idée qu'elle pouvait choisir de porter, librement, maintenant qu'elle en comprenait le prix.
« Il y a un problème », dit Lise, et tout le monde se tourna vers elle. « Le Cœur, c'est l'endroit le plus gardé de la Concorde. On n'y entre pas par les conduits. Il faut un accès. Le genre d'accès qu'ont seulement… » Elle s'arrêta, et son regard, comme celui de toute la salle, glissa lentement vers Naé.
« …les Ajusteurs de premier rang », acheva Naé.
Le silence se fit lourd.
« Mon patch est révoqué », dit-elle. « Ils savent que Sève est réveillée, maintenant. Je ne peux pas entrer par la grande porte avec mon ancienne identité. » Elle réfléchissait à voix haute, et c'était les mains de la fantôme qui réfléchissaient autant que la tête de la fonctionnaire. « Mais l'Office a quarante-trois agents dormants qui s'ignorent. Quarante-trois accès parfaitement valides, portés par des gens qui ne savent pas ce qu'ils sont. » Elle releva les yeux. « Si on en réveille un… on a une porte. »
« Réveiller un dormeur », répéta Sora, lentement. « Tu sais ce que ça implique. Lui rendre sa mémoire. Lui dire qu'il a été quelqu'un d'autre, qu'il a peut-être trahi, tué, signé. Comme toi. »
« Je le sais mieux que personne », dit Naé. « C'est exactement ce qu'on m'a fait — sauf que personne ne m'a tenu la main. » Elle regarda la liste, les quarante-trois noms, les quarante-trois vies volées qui dormaient là-haut. « On va commencer par celui-là. »
Son doigt s'arrêta sur une ligne. Sujet 14. Réinséré sous le nom de —
Le frère de Sora.
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