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Vael n'attendait que ça : que la forteresse soit divisée, le mur est affaibli, et sa proie isolée par le doute. Il avait tout préparé. Il ne manquait que l'assaut.
Il vint à l'aube, et il fut total.
La Faille ne cracha pas une meute. Elle cracha une marée. Des dizaines d'Affamés déferlèrent sur le mur est — là, précisément, où l'huile runique manquait depuis le sabotage. Les défenses cédèrent en une heure. Le froid d'absence envahit la basse-ville accrochée au flanc de la forteresse, où vivaient les familles, les artisans, les enfants. Les flammes des Brasiers mouraient les unes après les autres. Ce n'était plus une bataille. C'était une moisson.
Naïa était sur les remparts quand la première rangée de maisons s'éteignit.
Elle vit une mère courir avec un enfant, un Affamé fondre sur eux, un Brasier s'interposer et tomber, vidé. Elle vit la mort blanche gagner ruelle après ruelle. Et elle sut que si elle se cachait encore, pour préserver un secret déjà éventé, ces gens mourraient pour rien.
Elle regarda ses mains. Le secret d'une vie. Le bûcher au bout.
Puis elle sauta du rempart dans la basse-ville, et elle brûla.
Le cendrefeu jaillit comme jamais elle ne l'avait laissé jaillir — non plus une langue, non plus une gerbe, mais un océan de feu noir qui roula dans les ruelles et dévora les dévoreurs. Là où passait sa flamme, les Affamés se repliaient, hurlaient leur cri sans bouche, et s'effaçaient. Elle avança dans la basse-ville comme une faucheuse à l'envers, semant non pas la mort mais l'absence de mort, repoussant la marée vers la brèche, ruelle par ruelle, maison par maison.
Elle ne fut pas seule longtemps.
Le lien explosa, et Kael fut là — non pour la cacher, cette fois, mais pour la porter. Il poussa son propre feu dans le Serment, décuplant le sien, ancrant Naïa quand l'effort menaçait de la consumer, lui donnant la force d'aller plus loin qu'aucun porteur seul n'aurait pu. Ils traversèrent la basse-ville comme une seule arme, lui le bras, elle la flamme, accordés malgré la trahison, malgré la colère, parce que face à la fin du monde, le reste pouvait attendre.
Quand le dernier Affamé s'effaça et que la brèche fut scellée de feu noir, le silence retomba sur une basse-ville sauvée — et sur des centaines de témoins. Des soldats. Des familles. Des enfants qui la regardaient, elle, couronnée de flamme sombre, debout au milieu des ruelles épargnées.
Quelqu'un, dans la foule, tomba à genoux. Puis un autre. Pas de terreur, cette fois. De gratitude.
« Le feu noir nous a sauvés », dit une voix.
Mais sur le rempart, au-dessus, une silhouette de pourpre observait la scène, et là où la foule voyait une héroïne, l'Archonte Vael voyait enfin, à découvert, après des mois de recherche, la chose qu'il avait fait saboter un mur entier pour débusquer.
Le combustible de son Rite. Révélé, vivant, et désormais impossible à cacher.
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