4 min de lecture
Je ne respire plus correctement.
Ce n’est pas une image.
C’est une sensation physique, réelle, comme si mon corps hésitait à continuer sans accord.
La ruelle autour de moi semble… instable.
Comme si elle attendait que je choisisse une direction pour exister correctement.
Et lui…
il ne bouge plus.
Il m’observe.
Pas comme avant.
Plus doucement.
Comme quelqu’un qui sait qu’une ligne vient d’être franchie.
Je murmure :
— Elle est où ?
Il comprend immédiatement.
Mais il ne répond pas tout de suite.
Et ce silence me donne la réponse avant lui.
— Pas loin, dit-il enfin.
Je serre les poings.
— Montre-moi.
Il hésite.
Une fraction de seconde.
Puis :
— Si tu la vois… il n’y aura plus de retour en arrière.
Je ris nerveusement.
Un rire cassé.
— T’as déjà entendu ce que j’ai fait ? Le retour en arrière, j’ai l’impression que c’est mon métier.
Il ne répond pas.
Parce que ce n’est pas drôle.
Et moi aussi, je le sais.
Il avance.
Et la ruelle change encore.
Pas brutalement cette fois.
Non.
Comme si elle se souvenait.
Comme si elle retrouvait une version d’elle-même qu’elle avait oubliée.
Les murs deviennent plus clairs.
Puis plus sombres.
Puis plus réels.
Et soudain…
il y a une porte.
Une porte que je n’avais jamais vue.
Mais que je reconnais immédiatement.
Sans raison.
Mon corps réagit avant ma tête.
Je recule.
— Non… je souffle.
Il me regarde.
— Tu veux la vérité ? dit-il.
Je ne réponds pas.
Parce que je n’en suis plus sûre.
Il pose sa main sur la porte.
Et elle s’ouvre.
Blanc.
Silence.
Puis…
une pièce.
Identique à celle de mon flash précédent.
Blanche.
Sans fenêtre.
Sans temps.
Mais cette fois…
elle n’est pas vide.
Elle est là.
Moi.
Mais pas moi.
Elle est assise.
Calme.
Droite.
Stable.
Comme si elle n’avait jamais été fissurée.
Ses yeux se posent sur moi immédiatement.
Et elle ne semble pas surprise.
Elle attendait.
Je recule d’un pas.
— C’est… moi ? je murmure.
Elle sourit légèrement.
Pas un sourire gentil.
Pas un sourire cruel.
Un sourire qui connaît déjà la fin de la conversation.
— Tu es arrivée tard, dit-elle.
Je cligne des yeux.
— Tard ?
Elle incline la tête.
— Comme d’habitude.
Silence.
Je la fixe.
Elle me fixe.
Et je comprends quelque chose d’atroce.
Elle n’est pas une autre version de moi.
Elle est une version plus complète.
Plus ancienne.
Plus consciente.
Je chuchote :
— Tu as arrêté de fuir ?
Elle répond immédiatement :
— J’ai arrêté de recommencer.
Silence.
Je sens quelque chose se briser dans ma poitrine.
— Et lui ? je demande.
Mon regard glisse vers la porte.
Vers lui.
Vers celui qui nous relie.
Elle ne détourne pas les yeux.
— Il ne t’a jamais quitté.
Pause.
— Il s’est juste adapté à tes effacements.
Je tremble.
— Pourquoi tu m’as fait ça… ? je souffle.
Elle me regarde longtemps.
Et sa voix devient plus froide.
Plus stable.
— Parce que tu étais en train de t’effacer toi-même.
Silence total.
Je recule encore.
— Je voulais juste oublier…
Elle secoue doucement la tête.
— Non.
Pause.
— Tu voulais survivre à ce que tu avais découvert.
Un frisson me traverse.
— Et quoi ?
Elle se lève enfin.
Lentement.
Et pour la première fois…
je vois une différence claire entre nous.
Elle ne doute pas.
Elle ne tremble pas.
Elle sait.
— Le cycle n’est pas une boucle, dit-elle.
Je fronce les sourcils.
— Alors quoi ?
Elle s’approche.
— C’est une fuite.
Silence.
Elle continue :
— Tu ne réinitialises pas le monde.
Pause.
— Tu fuis une vérité que tu refuses de garder.
Je secoue la tête.
— Quelle vérité ?
Elle me fixe.
Longtemps.
Puis :
— Que tu es la cause.
Le monde s’arrête.
Même la lumière semble hésiter.
Je murmure :
— De quoi ?
Elle répond, sans émotion :
— De sa disparition.
Silence total.
Je sens mes jambes faiblir.
— Non… je dis. Non, c’est lui qui…
Je me retourne vers lui.
Mais il ne bouge pas.
Il me regarde.
Et pour la première fois…
il ne contredit pas.
La pièce devient trop petite.
Trop lourde.
Je chuchote :
— Dis-moi que c’est faux…
Silence.
Et lui, enfin, parle.
Très doucement.
— Tu ne l’as pas supprimé.
Pause.
— Tu as choisi un monde où il n’a jamais pu exister sans douleur.
Je recule.
Tout tremble.
Elle ajoute :
— Et à chaque cycle, tu essaies de réparer ce choix.
Pause.
— Mais tu le refais toujours.
Je ferme les yeux.
Très fort.
Et quand je les rouvre…
je comprends.
Le cycle n’est pas une punition.
Ce n’est pas un bug.
C’est une tentative.
Ratée.
Encore.
Je murmure :
— Et si j’arrête ?
Elle me regarde.
Et pour la première fois…
elle sourit tristement.
— Alors tu devras vivre avec la version de toi qui a réussi.
Connecte-toi pour commenter.