Roman
2018
par
Roman
par
Et si la verticalité avait une histoire ? Dans la perception occidentale du monde en trois dimensions, la montagne joua un rôle déterminant. Celui-ci s’affirma à partir de la Renaissance, lorsque les Alpes et les Andes virent défiler des dizaines de milliers d’individus, simples mercenaires comme princes ou même rois, qui rêvaient de conquêtes à la hauteur de celles d’Alexandre et d’Hannibal. Parce que la montagne est « scabreuse, pierreuse, montueuse, infertile, mal plaisante à l’œil, très difficile aux pieds », comme l’écrit Rabelais, elle s’éprouve jusque dans la chair. Elle est le lieu de l’initiation, de la conversion et de la transfiguration. Loin d’être le territoire du retard et du barbare que l’on prétendait, la montagne fut surtout le lieu du dépassement, de la réformation de l’œil et de l’esprit, qui participèrent de l’élan de la Renaissance. La verticalité traversée et vaincue devint un état d’esprit fait d’audace, d’ambition et d’innovation. Ainsi François Ier, ébloui d’avoir su « trancher les monts » en y conduisant chevaliers et canons avant de triompher à Marignan, ou Cortès, ordonnant de faire l’ascension du Popocatépetl avant de prendre Mexico. Selon l’usage que les souverains ou les peuples en firent, la montagne fit saillir des identités nouvelles, elle façonna les imaginaires, contribua à modifier les pratiques et les cultures politiques de l’Europe moderne. Et les montagnards naquirent pour eux-mêmes, défendant leur territoire face aux sarcasmes des hommes des plaines. Du légendaire Guillaume Tell au chevalier Bayard, de l’amazone Philis de la Charce aux fées francoprovençales, la montagne devint un territoire revendiqué et valorisé, forgeant des « identités verticales », tant chez les redoutables Suisses que chez les équivoques ducs de Savoie, qui la déclinèrent en poèmes et en somptueux ballets de cour. En faisant cheminer l’homme entre ciel et terre, entre arêtes et précipices, entre effondrement physique et extase mystique, la verticalité de la montagne est en soi un chemin « montant descendant », susceptible de transformer l’homme en profondeur. Elle s’impose à nous comme une magnifique allégorie de la Renaissance, sinon de la vie elle-même. Stéphane Gal est maître de conférences HDR en histoire moderne à l’université Grenoble Alpes. Il a notamment publié Charles-Emmanuel de Savoie La politique du précipice, Payot, 2012.
Tags communautaires
Aucun tag pour l'instant.
Personne n'a encore loggé ce livre publiquement.
Aucune citation pour ce livre. Sois le premier à partager une phrase qui t'a marqué.
Connecte-toi pour citerSi tu as aimé « Histoires verticales », tu pourrais aimer aussi.

Vingt mille lieues sous les mers
Jules Verne

Eragon
Christopher Paolini

Notre Dame de Paris
Victor Hugo

Les Trois Mousquetaires
Alexandre Dumas

Le vieil homme et la mer
Ernest Hemingway

Demain
Guillaume Musso

Le Tour du Monde en Quatre-Vingts Jours
Jules Verne

Et si c'était vrai ...
Marc Levy

L'élégance du hérisson
Muriel Barbery

La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker

Harry Potter et les reliques de la mort
J. K. Rowling

L'Attrape-cœurs
J. D. Salinger